A M. DE TRESSAN
Ne retrouvera pas mes yeux appesantis;
Dix fois je me le suis promis;
Je promettrai dix fois encore :
Comment se coucher à Paris?
On veut pourtant que je réponde
Au badinage heureux d’une muse féconde :
On croit que les vers sont des jfeux ,
Et qu’on parle, en courant, le langage des dieux
Comme on persifle ce bas monde.
Par les Grâces, dit-on, -si vos jours sont remplis,
Par les Muses du moins commencez vos journées.
Oui, fort bien; mais est-il encor des matinées?
Comment se lever à Paris?
Des yeux fermés trop tard par le pesant Morphée
Sont-ils si promptement ouverts?
De l’antre du Sommeil passe-t-on chez Orphée,
Et du néant de l’âme à l’essor des beaux vers?
N’importe, cependant; malgré l’ombre profonde
Qui couvre mes yeux obscurcis,
Dès que je me réveille, à peine encore au monde,
Je m’arrange, je m’établis;
Dans le silence et le mystère ,
Au coin d’un foyer solitaire
Je me vois librement assis.
Le ciel s’ouvre : volons. Muse, oublions la terre :
Je vais puiser au sein de l’immortalité
Ces vers faits par l’amour, ces pré^nts du génie,
Et dignes d’enchanter par leur douce harmonie
Les dieux de l’univers, l’esprit et la'beauté.
Enflammé d’une ardeur nouvelle ,
Déjà je me crois dans les cieux;