ADIEUX AUX JÉSUITES
C’en est fait; à mon sort ma raison me ramène ;
Mais, ami, t’avoûrai-je un tendre sentiment,
Que ton cœur généreux reconnoîtra sans peine?
Oui, même en la brisant, j’ai regretté ma chaîne,
Et je ne me suis vu libre qu’en soupirant.
Je dois tous mes regrets aux sages que je quitte ;
J’en perds avec douleur l’entretien vertueux ;
Et, si dans leurs foyers désormais je n’habite,
Mon cœur me survit auprès d’.eux;
Car ne les crois pas tels que la main de l’envîo Les peint à des yeux prévenus;
Si tu ne les connois que sur ce qu’en publie • La ténébreuse calomnie,
Ils te sont encore inconnus.
Lis, et vois de leurs mœurs des traits plus ingénus.
Qu’il m’est doux de pouvoir leur rendre un témoignage
Dont l’intérêt, la crainte et l’espoir sont exclus I A leur sort le mien ne tient plus;
L’impartialité va tracer leur image.
Oui, j ’ai vu des mortels, j’en dois ici l’aveu,
Trop combattus, connus trop peu;
J’ai vu des esprits vrais, des cœurs incorruptibles.
Voués à la patrie, à leurs rois, à leur Dieu,
A leurs propres maux insensibles.
Prodigues de leurs jours, tendres, parfaits amis,
Et souvent bienfaiteurs paisibles De leurs plus fougueux ennemis;
Trop estimés enfin pour être moins haïs.
Que d’autres, s’exhalant, dans leur haine insensée, En reproches injurieux.
Cherchent, en les quittant, à les rendre odieux :