ACTE II, SCÈNE III
J’aimo trop h vous voir vivre de bon accord.
FLORISE
Oh ! vous me le direz. Quel scrupule est le vôtre ?
Quoi! ne pensons-nous pas tout haut l’un devant l’autre. Vous savez que mon goût tient plus à vous qu’à lui,
Et que vos seuls conseils sont ma règle aujourd’hui. Vous ôtes honnête homme, et je n’ai point à craindre Que vous proposiez rien dont je puisse me plaindre; Ainsi, confiez-moi tout ce qui peut servir A combattre Géronte, ainsi qu’à nous unir.
CLÉON
Au fond je fi’y vois pas de quoi faire un mystère...
Et c’est ce que de vous mérite votre frère.
Vous m’avez dit, je crois, que jamais sur les biens On n’avoit éclairci ni vos droits ni les siens,
Et que, vous assurant d’avoin son héritage.
Vous aviez au hasard réglé votre partage :
Vous savez à quel point il déteste un procès,
Et qu’il donne Chloé pour acheter la paix :
Cela fait contre lui la- plus belle matière.
Des biens à répéter, des partages à faire ;
Vous voyez que voilà de quoi le mettre aux champs En lui faisant prévoir un procès de dix ans :
S’il va donc s’obstiner, malgré vos répugnances,
A rétablissement qui rompt nos espérances,
Partons d’ici, plaidez; une assignation Détruira le projet de la donation :
Il ne peut pas souffrir d’être seul; vous* partie,
On ne me verra plus liii tenir compagnie ;
Et quant à vos procès, ou vous les gagnerez.
Ou vous plaiderez tant que vous l’achèverez.
F LO RI SE
Contre les préjugés dont votre âme est exemp'te La mienne, par malheur, n’e.st pas aussi puissante, Et je vous avoûrai mon imbécillité :
Je n’irois pas sans peine à cette extrémité, il m’a toujours aimée, et j’aimois à lui plaire;
Et soit cette habitude, ou quelque autre chimère,
Je ne puis me résoudre à le désespérer :
Mais votre idée au moins sur lui peut opérer ; Dites-lui quiavec vous, paroissant fort aigrie.
J’ai parlé de procès, de biens, de brouillerie.
De départ; et qu’enfin, s’il me poussoit à bout.
Vous avez entrevu que je suis prête à tout.
CLÉON
S’il s’obstine pourtant, quoi qu’on lui puisse dire... On pourroit consulter pour le faire interdire,
Ne le laisser jouir que d’une pension :
Mon procureur fera cette expédition ;
C’est un homme admirable, et qui, par son adresse Auroit fait enfermer les sept sages de Grèce,
S’il eût plaidé contre eux. S’il est quelque moyen De vous faire passer ses droits et tout son bien, L’alTaire est immanquable, il ne faut qu’une lettre De moi.
FLORISE
Non, difierez... Je crains de me commettre :
Dües-lui seulement, s’il ne veut point céder,
Que je suis; malgré vous, résolue à plaider.
De l’humeur dont il est, je crois être bien sûre Que sans mon agrément il craindra de conclure ;
Et, pour me ramener, ne négligeant plus rien,