‹ Œuvres choisies de Gresset (volume 3)Chapitre 118 sur 137 · ACTE IV , SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE IV , SCÈNE VII

Mais, soit dit entre nous, peut-on compter sur lui?

A bien examiner ce qu'il fait aujourd'hui ,

On imaginerait qu'il détruit notre ouvrage ,

Qu'il agit sourdement contre son mariage ;

Il veut, il ne veut plus : sait-il ce qu'il lui faut ?

Il est près de Chloé qu'il refusait tantôt.

ÀUISTE.

Tout serait expliqué si l'on cessait de nuire , Si la méchanceté ne cherchait à détruire...

CLÉOK.

Oh bon! quelle folie! Êles-vous de ces gens

Soupçonneux, ombrageux? croyez-vous auxméchants?

Et réalisez-vous cet être imaginaire ,

Ce petit préjugé qui ne va qu'au vulgaire ?

Pour moi , je n'y crois pas : soit dit sans intérêt ,

Tout le monde est méchant, et personne ne l'est.

On reçoit et l'on rend; on est à-peu-près quitte.

Parlez-vous des propos ! comme il n'est ni mérite

Ni goût, ni jugement qui ne soit contredit ,

Que rien n'est vrai sur rien ; qu'importe ce qu'on dit ?

Tel sera mon héros, et tel sera le vôtre :

'aigle d'une maison n'est qu'un sot dans une autre.

e dis ici qu'Éraste est un mauvais plaisant ;

h bien ! on dit ailleurs qu'Eraste est amusant.

i vous parlez des faits et des tracasseries ,

e n'y vois dans le fond que des plaisanteries ;

Et si vous attachez du crime à tout cela ,

Beaucoup d'honnêtes gens sont de ces fripons- là.

L'agrément couvre tout : il rend tout légitime.

Aujourd'hui dans le monde on ne connaît qu'un crime,

C'est l'ennui. Pour le fuir tous les moyens sont bons.

Il gagnerait bientôt les meilleures maisons

Si l'on s'aimait si fort. L'amusement circule

Par les préventions, les torts, le ridicule :

Au reste, chacun parle et fait comme il l'entend.

Tout est mal , tout est bien , tout le monde est conten t.

On a rien à répondre à de telles maximes : Tout est indifférent pour les âmes sublimes. Le plaisir, dites- vous, y gagne : en vérité , Je n'ai vu que l'ennui chez la méchanceté. Ce jargon éternel de la froide ironie , L'air de dénigrement, l'aigreur, la jalousie, Ce ton mystérieux, ces petits mots sans fin , Toujours avec un air qui voudrait être fin ; Ces indiscrétions , ces rapports infidèles , Ces basses faussetés, ces trahisons cruelles ; Tout cela n'est-il pas, à le bien définir, L'image de la haine et la mort du plaisir ? Aussi ne voit-on plus où sont ces caractères , L'aisance, la franchise et les plaisirs sincères. On est en garde, on doute enfin si l'on rira:

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