SUR LA MORT DE SA FILLE
Il rompt nos plus tendres chaînes Pour fixer seul nos amours.
Avant d'ôler à la vie Celle dont j'écris le sort , Le ciel vous l'avait ravie Par une première mort :
D'un monde que l'erreur vante Une retraite fervente Lui fermait tous les chemins ; Pour Dieu seul encor vivante , Elle était morte aux humains.
La victime , Dieu propice , A l'autel * allait marcher ; Déjà pour le sacrifice L'amour saint dresse un bûcher :
L'encens, les fleurs, tout s'apprête ;
Bientôt ta jeune conquête
Mais quels cris! qu'en tends-jc ? Hélas ï J'allais chanter une fête , Il faut pleurer un trépas.
Ainsi périt une rose Que frappe un souffle mortel ; On la cueille à peine éclose Pour en parer un autei
38 * Elle était sur le point de faire profession, Elli> prononça ses vœux avant que d'expirer.
2i8 ODE A TJjSE DAME SUR LA MORT.
Depuis l'aube matinale La douce odeur qu'elle exhale Parfume un temple enchanté ; Le jour fuit, la nuit fatale Ensevelit sa beauté.
Ciel, nous plaignons sa jeunesse Dont tes lois tranchent le cours ; Mais aux yeux de ta sagesse Elle avait assez de jours.
Ce n'est point par la durée Que doit être mesurée La course de tes élus ; La mort n'est prématurée Que pour qui meurt sans vertus,.
Vous donc, l'objet de mes rimes, Ne pleurez point son bonheur; Var ces solides maximes Raffermissez votre cœur.
Que l'arbitre des années , Dieu, qui voit nos destinées Éclore et s'évanouir , Joigne à vos ans les journées Dont elle aurait dû jouir!
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SUR
LA POESIE CHAMPETRE.
Ouspends tes flots, heureuse Loire ,
Dans ces vallons délicieux ;
Quels bords t'offriront plus de gloire 9
Et des coteaux plus gracieux?
Pactole, Méandre, Pénée ,
Jamais votre onde fortunée
Ne coula sous de plus beaux cicux.
Ingénieuses rêveries , Songes riants , sages loisirs , Venez sous ces ombres chéries ; Vous suffirez à mes désirs.
Plaisirs brillants, troublez les villes; Plaisirs champêtres et tranquilles , Seuls vous êtes les vrais plaisirs.
Mais pourquoi ce triste silence ?
Ces lieux charmans sont-ils déserts ?
û20 ODE
Quelle fatale violence En éloigne les doux concerts ?
Sur ces gazons et sous ces hêtres, D'une troupe d'amans champêtres Que n'entends-je les libres airs !
Quel son me frappe? Une voix tendre Sort de ces bocages secrets :
On soupire.... Pour mieux entendre, Entrons sous ces ombrages frais.
J'y vois une nymphe affligée ; Sa beauté languit négligée , Et sa couronne est un cyprès..
Seuls confidents de sa retraite , les Amours consolent ses maux ; L'un lui présente la houlette , L'autre assemble des chalumeaux.
Faibles secours ! Rien ne la touche :
Des pleurs coulent; sa belle bouche M'en apprend la cause en ces mots :
D'Euterpe tu reçois les larmes ; Je vais quitter ces beaux vergers :
Aux champs français perdant mes charmes, Je fuis sur des bords étrangers.
Tu n'entends point dans ces prairies
Les chants vantés des bergeries ; C'est qu'il n'est plus de vrais bergers.
Dès qu'une frivole harmonie , Asservissant mes libres sons , Eut de la moderne * Ausonie Banni mes premières-TThansons ; De ces plaines dégénérées , France, je vins dans tes contrées :
J'espérais mieux de tes leçons.
Alcidor** sut calmer ma peine Par ses airs naïfs et touchants ; Galantes nymphes de Touraine , Il charmait vos aimables champs :
Mourant, il laissa sa musette Au jeune amant de Timarète***, Dont l'Orne admira les doux chants.
Mais quand le paisible Elysée Posséda Racan et Segrais , Lorsque leur flûte fut brisée , L'idylle perdit ses attraits :
* On reproche les concetti et les pensées trop recherchées aux bei> gers italiens de Guarini, de Bonarelli , du cavalier Marin , etc.
** Acteur des bergeries de M. le marquis de Racan, né en Touraine.
*•? Bergère des idylles de M. de Segrais,, né à Caen.
A peine la muse fleurie
D'un nouveau berger de Neustrie*
En sauva t-elle quelques traits.
Bientôt Flore vit disparaître Cette heureuse naïveté Qui de mon empire champêtre Faisait la première beauté :
N'entendant plus aucun Tityre, îî'ayant rien d'aimable à redire , L'écho se tut épouvanté.
La bergère , outrant sa parure , N'eut plus que de faux agréments ; Le berger , quittant la nature , N'eut plus que de faux sentiments :
Et ce qu'on appelle l'églogue Ne fut plus qu'un froid dialogue D'acteurs dérobés aux romans.
Leur voix contrainte ou doucereuse Mit les dryades aux abois , Leur guitare trop langoureuse Endormit les oiseaux des bois ; Les Amours en prirent la fuite , Et vinrent pleurer à ma suite La perte des premiers hautbois.
* M. de Fontenelle.
Tendres muses de cet empire , Oh.' si, sortant de chez les morts, Virgile , pour qui je soupire , Ranimait sa voix sur vos bords , S'il quittait sa langue étrangère , Parlant la vôtre pour vous plaire, Vous trouveriez mes vrais accords.
A ces mots la déesse agile Fuit à travers des bois naissants....
Viens donc, parais, heureux Virgile) De vingt siècles reçois l'encens !
Chez les nymphes de ce rivage , Berger français , gagne un suffrage Qui manque encore à tes accents.
Dans quelque l'angue qu'elle chante Ta muse aura ton air charmant, Telle qu'une beauté touchante Qui plaît sous tout habillement :
Tout lui sied bien , rien ne l'efface ; Pour elle une nouvelle grâce Naît d'un nouvel ajustement.
Viens sur les Tyrsis de Mantoue Réformer ceux de ce séjour ; Rends-nous ce goût qu'JËuterpe avoue :