‹ Œuvres choisies de Gresset (volume 3)Chapitre 34 sur 137 · SUR LA MORT DE SA FILLE · texte numérisé non relu

SUR LA MORT DE SA FILLE

Il rompt nos plus tendres chaînes Pour fixer seul nos amours.

Avant d'ôler à la vie Celle dont j'écris le sort , Le ciel vous l'avait ravie Par une première mort :

D'un monde que l'erreur vante Une retraite fervente Lui fermait tous les chemins ; Pour Dieu seul encor vivante , Elle était morte aux humains.

La victime , Dieu propice , A l'autel * allait marcher ; Déjà pour le sacrifice L'amour saint dresse un bûcher :

L'encens, les fleurs, tout s'apprête ;

Bientôt ta jeune conquête

Mais quels cris! qu'en tends-jc ? Hélas ï J'allais chanter une fête , Il faut pleurer un trépas.

Ainsi périt une rose Que frappe un souffle mortel ; On la cueille à peine éclose Pour en parer un autei

38 * Elle était sur le point de faire profession, Elli> prononça ses vœux avant que d'expirer.

2i8 ODE A TJjSE DAME SUR LA MORT.

Depuis l'aube matinale La douce odeur qu'elle exhale Parfume un temple enchanté ; Le jour fuit, la nuit fatale Ensevelit sa beauté.

Ciel, nous plaignons sa jeunesse Dont tes lois tranchent le cours ; Mais aux yeux de ta sagesse Elle avait assez de jours.

Ce n'est point par la durée Que doit être mesurée La course de tes élus ; La mort n'est prématurée Que pour qui meurt sans vertus,.

Vous donc, l'objet de mes rimes, Ne pleurez point son bonheur; Var ces solides maximes Raffermissez votre cœur.

Que l'arbitre des années , Dieu, qui voit nos destinées Éclore et s'évanouir , Joigne à vos ans les journées Dont elle aurait dû jouir!

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SUR

LA POESIE CHAMPETRE.

Ouspends tes flots, heureuse Loire ,

Dans ces vallons délicieux ;

Quels bords t'offriront plus de gloire 9

Et des coteaux plus gracieux?

Pactole, Méandre, Pénée ,

Jamais votre onde fortunée

Ne coula sous de plus beaux cicux.

Ingénieuses rêveries , Songes riants , sages loisirs , Venez sous ces ombres chéries ; Vous suffirez à mes désirs.

Plaisirs brillants, troublez les villes; Plaisirs champêtres et tranquilles , Seuls vous êtes les vrais plaisirs.

Mais pourquoi ce triste silence ?

Ces lieux charmans sont-ils déserts ?

û20 ODE

Quelle fatale violence En éloigne les doux concerts ?

Sur ces gazons et sous ces hêtres, D'une troupe d'amans champêtres Que n'entends-je les libres airs !

Quel son me frappe? Une voix tendre Sort de ces bocages secrets :

On soupire.... Pour mieux entendre, Entrons sous ces ombrages frais.

J'y vois une nymphe affligée ; Sa beauté languit négligée , Et sa couronne est un cyprès..

Seuls confidents de sa retraite , les Amours consolent ses maux ; L'un lui présente la houlette , L'autre assemble des chalumeaux.

Faibles secours ! Rien ne la touche :

Des pleurs coulent; sa belle bouche M'en apprend la cause en ces mots :

D'Euterpe tu reçois les larmes ; Je vais quitter ces beaux vergers :

Aux champs français perdant mes charmes, Je fuis sur des bords étrangers.

Tu n'entends point dans ces prairies

Les chants vantés des bergeries ; C'est qu'il n'est plus de vrais bergers.

Dès qu'une frivole harmonie , Asservissant mes libres sons , Eut de la moderne * Ausonie Banni mes premières-TThansons ; De ces plaines dégénérées , France, je vins dans tes contrées :

J'espérais mieux de tes leçons.

Alcidor** sut calmer ma peine Par ses airs naïfs et touchants ; Galantes nymphes de Touraine , Il charmait vos aimables champs :

Mourant, il laissa sa musette Au jeune amant de Timarète***, Dont l'Orne admira les doux chants.

Mais quand le paisible Elysée Posséda Racan et Segrais , Lorsque leur flûte fut brisée , L'idylle perdit ses attraits :

* On reproche les concetti et les pensées trop recherchées aux bei> gers italiens de Guarini, de Bonarelli , du cavalier Marin , etc.

** Acteur des bergeries de M. le marquis de Racan, né en Touraine.

*•? Bergère des idylles de M. de Segrais,, né à Caen.

A peine la muse fleurie

D'un nouveau berger de Neustrie*

En sauva t-elle quelques traits.

Bientôt Flore vit disparaître Cette heureuse naïveté Qui de mon empire champêtre Faisait la première beauté :

N'entendant plus aucun Tityre, îî'ayant rien d'aimable à redire , L'écho se tut épouvanté.

La bergère , outrant sa parure , N'eut plus que de faux agréments ; Le berger , quittant la nature , N'eut plus que de faux sentiments :

Et ce qu'on appelle l'églogue Ne fut plus qu'un froid dialogue D'acteurs dérobés aux romans.

Leur voix contrainte ou doucereuse Mit les dryades aux abois , Leur guitare trop langoureuse Endormit les oiseaux des bois ; Les Amours en prirent la fuite , Et vinrent pleurer à ma suite La perte des premiers hautbois.

* M. de Fontenelle.

Tendres muses de cet empire , Oh.' si, sortant de chez les morts, Virgile , pour qui je soupire , Ranimait sa voix sur vos bords , S'il quittait sa langue étrangère , Parlant la vôtre pour vous plaire, Vous trouveriez mes vrais accords.

A ces mots la déesse agile Fuit à travers des bois naissants....

Viens donc, parais, heureux Virgile) De vingt siècles reçois l'encens !

Chez les nymphes de ce rivage , Berger français , gagne un suffrage Qui manque encore à tes accents.

Dans quelque l'angue qu'elle chante Ta muse aura ton air charmant, Telle qu'une beauté touchante Qui plaît sous tout habillement :

Tout lui sied bien , rien ne l'efface ; Pour elle une nouvelle grâce Naît d'un nouvel ajustement.

Viens sur les Tyrsis de Mantoue Réformer ceux de ce séjour ; Rends-nous ce goût qu'JËuterpe avoue :

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