‹ Œuvres choisies de Gresset (volume 3)Chapitre 68 sur 137 · FL01USE · texte numérisé non relu

FL01USE

Puis-je m'en assurer ?

Et loin de tout, ici pourriez-vous demeurer? Je ne sais : répandu, fêté comme vous l'êtes, Je vois plus d'un obstacle au projet que vous faites. Peut-être votre goût vous a séduit d'abord; Mais tout Paris....

CLÉON

Paris ! il m'ennuie à la mort; Et je ne vous fais pas un fort grand sacrifice En m'éloignant d'un monde à qui je rends justice. Tout ce qu'on est forcé d'y voir et d'endurer Passe bien l'agrément qu'on peut y rencontrer : Trouver à chaque pas des gens insupportables, Des flatteurs , des valets, des plaisants détestables,

Des jeunes gens d'un ton, d'une stupidité !... Des femmes d'un caprice et d'une fausseté!... Des prétendus esprits soufFrir la suffisance, Et la grosse gaîlé de l'épaisse opulence; Tant de petits talents où je n'ai pas de foi ; Des réputations on ne sait pas pourquoi; Des protégés si bas, des prolecteurs si bêtes... Des ouvrages vantés qui n'ont ni pieds ni têtes; Faire des soupers fins où l'on périt d'ennui; Veiller par air, enfin se tuer pour autrui ; Franchement, des plaisirs, des biens de cette sorte, Ne font pas, quand on pense, une chaîne bien forte: Et, pour vous parler vrai, je trouve plus sensé Un homme sans projets dans sa terre fixé, Qui n'est ni complaisant, ni valet de personne , Que tous ces gens brillants qu'on mange, qu'on friponne, Qui, pour vivre à Paris avec l'air d'être heureux, Au fond n'y sont pas moins ennuyés qu'ennuyeux.

FLORÏSE.

J'en reconnais grand nombre à ce portrait fidèle.

CLÉON

Paris me fait pitié, lorsque je me rappelle

Tant d'illustres faquins, d'insectes freluquets ...

FLORISE

Votre estime, je crois, n'a pas fait plus de frais Pour les femmes ?

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