‹ Œuvres choisies de GressetChapitre 22 sur 94 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

On ne peut, grâce à vous, conserver un ami :

On est tantôt au nord, et tantôt au midi :

Quand je vous crois logé, j’y compte, je me lie Aux femmes de madame, et je fais leur partie : J’ose même avancer que je vous fais honneur ; Point du tout, on vous chasse, et votre serviteur. Je ne puis plus souffrir cette humeur vagabonde, Et vous ferez tout seul le voyage du monde.

Moi, j’aime ici, j’y reste.

CLÉON

Et quels sont les appas,

L’heureux objet?...

FRONTIN

Parbleu ! ne vous en moquez pas ; Lisette vaut, je crois, la peine qu’on s’arrête;

Et je veux l’épouser.

CLÉON

Tu serais assez bête

Pour te marier, toi l Ton amour, ton dessein, N’ont pas le sens commun.

FRONTIN

Il faut faire une fin ;

Et ma vocation est d’épouser Lisette ;

J’aimais assez Marton, et Nérine, et Finette, Mais quinze jours chacune, ou toutes à la fois ; Mon amour le plus long n'a point passé le mois ; Mais ce n’est plus cela ; tout autre amour m’ennuie. Je suis fou de Lisette, et j’en ai pour la vie. CLÉON

Quoi ! tu veux te mêler aussi de sentiment ?

ŒUVRES DE GRESSET

LE MÉCHANT

FRONTIN

Comme un autre.

CLÉON

Le fat ! Aime moins tristement ; Pasquin, Lolive, et cent d'amour aussi fidèle, L’ont aimée avant toi, mais sans se charger d'elle; Pourquoi veux-tu payer pour tes prédécesseurs ? Fais de même ; aucun d'eux n’est mort de ses rigueurs.

FRONTIN

Vous la connaissez mal, c'est une fille sage. CLÉON

Oui, comme elles le sont.

FRONTIN

Oh 1 monsieur, ce langage Nous brouillera tous deux.

CLÉON, après un moment de silence.

Eh bien! écoute-moi.

Tu me conviens. Je t’aime, et, si l’on veut de toi, J’emploîrai tous mes soins pour t’unir à Lisette ; Soit ici, soit ailleurs, c’est une affaire faite.

FRONTIN

Monsieur, vous m'enchantez.

Ne va point nous trahir.

Vois si Valère arrive, et reviens m’avertir.

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