ACTE IV, SCÈNE IX
CLÉON
Si tu n’as pour raison que cette belle flamme...
Je te l’ai déjà dit; non, je ne l’aime pas.
Ma foi, ni moi non plus. Je suis dans l’embarras. Je veux sortir d’ici, je ne saurais m’y plaire.
Ce n’est pas pour monsieur, j’aime son caractère; Il est assez bon maître, et le même en tout temps. Bon homme...
CLÉON
Oui, les bavards sont toujours bonnes gens* LISETTE
Pour madame!... Oh! d’honneur... mais je crains ma franchise :
Si vous redeveniez amoureux de Florise...
Car vous l’avez été sûrement; et je croi...
CLÉON
Moi, Lisette, amoureux! tu te moques de moi ;
Je ne me le suis cru qu’une fois en ma vie ;
J’eus Araminthe un mois; elle était très jolie, Mais coquette à l’excès ; cela m’ennuyait fort.
Elle mourut, je fus enchanté de sa mort.
Il faut, pour m’attacher, une âme simple et pure. Comme Chloé, qui sort des mains de la nature. Faite pour allier les vertus aux plaisirs,
Et mériter l’estime en donnant des désirs :
Mais madame Florise !...
LISETTE
Elle est insupportable^
Rien n’est bien. Autrefois je la croyais aimable.
LE MÉCHANT
Je ne la trouvais pas difficile à servir ; Aujourd’hui, franchement, on n’y peut plus tenir ; Et, pour rester ici, j’y suis trop malheureuse. Comment la trouvez-vous?
CLÉON
« Ridicule, odieuse...
L’air commun, qu’elle croit avoir noble pourtant; Ne pouvant se guérir de se croire un enfant.
Tant de prétentions, tant de petites grâces,
Que je mets, vu leur date, au nombre des grimaces, Tout cela, dans le fond, m’ennuie horriblement; Une femme qui fuit le monde en enrageant,
Parce qu’on n’en veut plus, et se croit philosophe ; Qui veut être méchante, et n’en a pas l’étoffe; Courant après l’esprit, ou plutôt se parant De l’esprit répété qu’elle attrape en courant; Jouant le sentiment : il faudrait, pour lui plaire, Tous les menus propos de la vieille Cythère,
Ou sans cesse essuyer des scènes de dépit,
Des fureurs sans amour, de l’humeur sans esprit, Un amour-propre affreux, quoique rien ne soutienne...
LISETTE
Au fond, je ne vois pas ce qui la rend si vaine. CLÉON
Quoiqu’elle garde encor des airs sur la vertu,
De grands mots sur le cœur, qui n’a-t-elle pas eu? Elle a perdu les noms, elle a peu de mémoire ; Mais tout Paris pourrait en retrouver l’histoire ;
Et je n’aspire point à l’honneur singulier D’être le successeur de l’univers entier.