ACTE Y, SCÈNE V
Que dites-vous aussi de ce bon homme Ariste !
Ma foi, mon vieil ami n’a plus le sens commun : Plein de préventions, discoureur importun,
Il veut que vous soyez l’auteur d’une satire Où je suis pour ma part ; il vous fait même écrire Ma lettre de tantôt : vainement je lui dis Qu’elle était clairement d’un de vos ennemis, Puisqu’on voulait donner des soupçons sur vousmême :
Rien n’y fait ; il soutient son absurde système ;
Soit dit confîdemment, je crois qu’il est jaloux De tous les sentiments qui m’attachent à vous. CLÉON
Qu’il choisisse donc mieux les crimes qu’il me donne;. Car, moi, je suis si loin d’écrire sur personne,
Que, sans autre sujet, j’ai renvoyé Frontin Sur le simple soupçon qu’il était écrivain.
Il m’était revenu que, dans des brouilleries,
On l’avait employé pour des tracasseries.
On peut nous imputer les fautes de nos gens,
Et je m’en suis défait de peur des accidents.
Je ne répondrais pas qu’il n’eût part auîmystère De l’écrit contre vous; et peut-être Valère,
Qui refusait d’abord, et qui connaît Frontin Depuis qu’il me connaît, s’est servi de sa main Pour écrire à sa mère une lettre anonyme.
Au reste... il ne faut point que cela vous anime Contre lui ; ce soupçon peut n’être pas fondé. GÉRONTE
Oh! vous êtes trop bon : je suis persuadé,
Par le ton qu’employait ce petit agréable,
LE MÉCHANT
Qu’il est faux, méchant, noir, et qu’il est bien capable
Du mauvais procédé dont on veut vous noircir. Qu’on vous accuse encore ! oh ! laissez-les venir. Puisque de leur présence on ne peut se défaire, Je vais leur déclarer, d’une façon très claire,
Que je romps tout accord ; car, sans comparaison, J’aime mieux vingt procès qu’un fatdans mamaison.