‹ Œuvres choisies de J. DoratChapitre 42 sur 75 · MADEMOISELLE ALEXANDRINE · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE ALEXANDRINE

JEUNE et folâtre Alexandrine, Je sentois mon heure venir :

Je touchois presque à ma ruine; J'allois, oui, j'allois m'attendrir, Grâce à ta si friponne mine...

J'ai pris la poste pour te fuir.

Je me suis abusé sans doute; Je n'en ai pas plus de repos.

Change-t-on de cœur sur la route, Comme l'on change de chevaux?

L'Amour, hélas! est du voyage; Et, quand je soupire pour toi, Il bat de l'aile autour de moi, Et s'applaudit de son ouvrage.

Je revois ces yeux libertins Que fait pétiller la folie.

Et tes agrémens enfantins.

Et cet art qui les multiplie, Et cette bouche, au doux souris, Où le baiser vit et repose;

Et ce sein où, parmi les lys,

S'élève un trône pour la rose.

De loin tu sais lancer tes traits.

Au fond d'un bois, dans la prairie,

Partout je trouve tes filets.

Et je galope dans la Brie

Avec l'Amour et tes attraits.

Apprends jusqu'où va mon délire.

Si le ciel est pur, si les champs

Sont rafraîchis par le zéphire,

Je me dis... « En ces doux momens,

Alexandrine doit sourire. »

Mais, sur la cime des forêts,

S'il se forme une nue obscure,

C'est toi qui boudes la nature;

Oui, les beaux jours sont tes bienfaits.

Que de feux! dis-moi donc : qu'en faire?

A peine, hélas ! as-tu seize ans.

Déserteurs des bosquets rians

Et du colombier de Cythère,

Bientôt tous les Amours du temps.

Adroits, flatteurs et caressans.

Viendront habiter ta volière.

Becqueter tes charmes naissans;

Et je voyagerai longtemps

Avant de parvenir à plaire.

Chasse, crois-moi, ces imporlans.

Choisis plutôt un fou sincère .

Qui sache aimer sans fade encens Tiens; si tu veux, j'ai ton affaire. Je m'abandonne à cet espoir; Il a suspendu mes alarmes :

Au galop je ïuyoh tes charmes.

Au galop je viens les revoir.

Je viens te consacrer ma vie; Je suis ivre, brûlant d'amour.

Arrange-toi, je t'en supplie, Pour m'adorer à mon retour.

EPURES loi

Page 1