‹ Œuvres choisies de J. DoratChapitre 55 sur 75 · LE CONGE · texte numérisé non relu

LE CONGE

DE quel poids on est soulagé, Lorsque l'on perd une maîtresse !

Enfin, ami, le charme cesse, Je suis heureux, j'ai mon congé.

Tout m'amuse, rien ne me lie.

Il faut pourtant en convenir :

Laïs est jeune, elle est jolie ; C'est pour cela que je l'oublie :

On risque à s'en ressouvenir.

Que je hais ce front où respire

L'intéressante volupté; Cet art de tromper, de séduire, Si semblable à la vérité; Et sa folie, et sa gaîté, Et les grâces de son sourire !

Que je dédaigne, que je hais Sa longue et belle chevelure.

Qui, voltigeant sur mille attraits, " Leur sert de voile ou de parure; Son sein, qu'Amour sait embellir.

Qui frémit, s'élève ou s'abaisse Au moindre souffle du désir.

Où la rose semble fleurir Sous la bouche qui le caresse; Ses caprices, qui sont des lois ; Ce feu dont son œil étincelle.

Et les sons touchans de sa voix Qui jure une ardeur éternelle A cinquante amans à la fois!

Je la déteste, je l'abhorre; Mais c'est trop m'en entretenir:

Car, à force de la haïr.

Je pourrois bien l'aimer encore.

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