‹ Œuvres choisies de J.RacineChapitre 102 sur 260 · AGAMEMNON, CLYTEMNESTRE, IPHIGÉNTE, .EGINE · texte numérisé non relu

AGAMEMNON, CLYTEMNESTRE, IPHIGÉNTE, .EGINE

CLYTEMNESTRE

Venez, venez, ma fille, on n'attend plus que vous;

Venez remercier un père qui vous aime ,

Et qui veut à l'autel vous conduire lui-même ^

1 Comme dans cette tragédie l'intérêt séchauHe toujours de scène en scène, que tout marche de perfections en perfections, la grande scène entre Agamemnon, Clytemnestre et Iphigén e, est encore supérieure â tout ce que nous avons vu. Rien ne fait jamais au théâtre un plus grand ellèt que des personnages qui renferment d'abord leur douleur dans le fond de leur âme, et qui laissent ensuite éclater tous les sentiments qui les déchirent. (Volt.)

- Ironie amère extrêmement théâtrale , parce qu'elle porte le trouble dans le cœur d'Agamemnon et lui apprend que ses desseins sont découverts. Ce malheu-

188 IPHIGÉNIE

AGAMEMNON

Que vois-jel quel discours! Ma fille, vous pleurez, Et baissez devant moi vos yeux mal assurés : Quel trouble ! Mais tout pleure, et la fille, et la mère. Ah 1 malheureux Arcas, tu m'as trahi !

IPHIGÉNIE

Mon père.

Cessez de vous troubler, vous n'êtes point trahi : Quand vous commanderez, vous serez obéi. Ma vie est votre bien ; vous voulez le reprendre : Vos ordres sans détour pouvaient se faire entendre. D'un œil aussi content, d'un cœur aussi soumis Que j'acceptais l'époux que vous m'aviez promis. Je saurai, s'il le faut, victime obéissante, Tendre au ferdeCalchas une tête innocente; Et, respectant le coup par vous-même ordonné, Vous rendre tout le sang que vous m'avez donné '. Si pourtant ce respect, si cette obéissance Paraît digne à vos yeux d'une autre récompense; Si d'une mère en pleurs vous plaignez les ennuis, J'ose vous dire ici qu'en l'état où je suis, Peut-être assez d'honneurs environnaient ma vie Pour ne pas souhaiter qu'elle me fût ravie, Ni qu'en me l'arrachant un sévère destin Si près de ma naissance en eijt marqué la fin.

reux roi, surpris comme dims un piège entre sa femme et sa fille, se trouve dans la situation la plus tragique. (C.)

1 Le père Brunoy a remarqué qu'Euripide, en donnant à Iphigénie la frayeur de la mort et le désir de se sauver, a mieux parlé selon la nature que Racine . dont Iphigénie semble trop résignée. L'observation est bonne en soi ; mais ce que le père Brunoy n'a pas vu , c'est que l'Iphigénie moderne est la fiUe chrétienne. Son père et le Ciel ont parlé, et il ne reste plus qu'à obéir. Racine n'a donné ce courage à son héroïne que par l'impulsion secrète d'une institution religieuse qui a changé le fond des idées et de la morale. Ici le christianisme va plus loin que la nature , et par conséquent est plus d'accord avec la belle poésie, qui agrandit les objets et aime un peu l'exagération. La fille d'Agamemnon, étouffant sa passion et l'amour de la vie, intéresse bien davantage qu'Iphigénie pleurant son trépas. (Chate.^ubrund.)

Page 1