‹ Œuvres choisies de J.RacineChapitre 104 sur 260 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

Oui , vous êtes le sang d'Atrée et de Thyeste :

Bourreau de votre fille, il ne vous reste enfin

Que d'en faire à sa mère un horrible festin.

Barbare ! c'est donc là cet heureux sacrifice

Que vos soins préparaient avec tant d'artifice !

Quoi ! l'horreur de souscrire à cet ordre inhumain

N'a pas, en le traçant, arrêté votre main !

Pourquoi feindre à nos yeux une fausse tristesse?

Pensez-vous par des pleurs prouver votre tendresse ?

Où sont-ils ces combats que vous avez rendus?

Quels flots de sang pour elle avez -vous répandus ?

Quel débris parle ici de votre résistance ?

Quel champ couvert de morts me condamne au silence?

Voilà par quels témoins il fallait me prouver,

Cruel, que votre amour a voulu la sauver.

Un oracle fatal ordonne qu'elle expire !

Un oracle dit-il tout ce qu'il semble dire?

Le Ciel, le juste Ciel, parle meurtre honoré.

Du sang de l'innocence est-il donc altéré?

Si du crime d'Hélène on punit sa famille ,

Faites chercher à Sparte Hermione sa fille ' :

Laissez à iMéuélas racheter d'un tel prix

Sa coupable moitié, dont il est trop épris.

Mais vous, quelles fureurs vous rendent sa victime?

Pourquoi vous imposer la peine de son crime ?

Pourquoi moi-même enfin, me déchirant le flanc ,

Payer sa folle amour du plus pur de mon sang ?

Que dis-je? cet objet de tant de jalousie. Cette Hélène, qui trouble et l'Europe et l'Asie , Vous semble-t-elle un prix digne de vos exploits?

> Voltaire blâme cette idée de Ciytemnestre, quoique ce soit une des plus raisonnables de tout son discours; il blàrae la férocité de la reine d'Argos, qui selon lui demande le sang de sa nièce. Ciytemnestre ne demande pas la mort d'Herraione : elle dit seulement que, si le crime d'Hélène doit être expié par sa famille, c'est sa fille Hermione (lu'il faut prendre pour victime, et non passa nièce Iphigénie. (G.)

192 IPHIGÉME

Combien nos fronts pour elle ont-ils rougi de fois !

Avant qu'un nœud fatal l'unit à votre frère, ■

Thésée avait osé l'enlever à son père :

Vous savez, et Galchas mille fois vous l'a dit ',

Qu'un hymen clandestin mit ce prince eu son lit,

Et qu'il en eut pour gage une jeune princesse

Que sa mère a cachée au reste de la Grèce.

Mais non, l'amour d'un frère et son honneur blessé

Sont les moindres des soins dont vous êtes pressé :

Cette soif de régner, que rien ne peut éteindre.

L'orgueil de voir vingt rois vous servir et vous craindre ,

Tous les droits de l'empire en vos mains confiés ,

Cruel ! c'est à ces dieux que vous sacrifiez;

Et, loin de repousser le coup qu'on vous prépare ,

Vous voulez vous en faire un méiite barbare ;

Trop jaloux d'un pouvoir qu'on peut vous envier,

De votre propre sang vous courez le payer.

Et voulez par ce prix épouvanter l'audace

De quiconque vous peut disputer votre place.

Est-ce donc être père? Ah ! toute ma raison

Cède à la cruauté de cette trahison.

Un prêtre, environné d'une foule cruelle,

Portera sur ma fille une main criminelle,

Déchirera son sein, et d'un œil curieux

Dans son cœur palpitant consultera les dieux !

Et rnoi , qui l'amenai triomphante, adorée.

Je m'en retournerai seule et désespérée !

Je verrai les chemins encor tout parfumés

Des fleurs dont sous ses pas on les avait semés !

Non, je ne l'aurai point amenée au supplice,

1 L'épisode de l'enlèvement d'Hélène , dit la Harpe , au milieu d'une tirade si véhémente, est la seule imperfection de ce morceau, partout ailleurs si pathétique. Malgré l'autorité d'un si grand critique, nous ne pouvons adopter cette opinion. Ce récit, qui n'a que six vers, est bien placé, puisque c'est un moyen de sauver Iphigénie. et que laniour maternel ne peut en oublier aucun. (A. Maktin. ,

CLYTEMNESTRE

Aussi "barlsare époux, qu'impitoyable père, Venez, si vous l'osez, la ravir à sa mère.

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