ACTE I, SCÈNE V 2il
Que l'impie Aman nous apprête.
TOUT LE CIICEUR.
Arrachons , déchirons tous ces vains ornements Qui parent notre tête.
UNE ISRAÉLITE
Quel carnage de toutes parts !
On égorge à la fois les enfants, les vieillards; Et la sœur et le frère , Et la fille et la mère.
Le fils dans les bras de son père !
Que de corps entassés, que de membres épars. Privés de sépulture !
Grand Dieu ! tes saints sont la pâture Des tigres et des léopards !
UNE DES PLUS JEUNES ISRAÉLITES
Hélas! si jeune encore.
Par quel crime ai-je pu mériter mon malbeur ? Ma vie à peine a commencé d'éclore :
Je tomberai comme une fleur Qui n'a AU qu'une aurore.
Hélas ! si jeune encore , Par quel crime ai-je pu mériter mon malheur ' ?
UNE AUTRE
Des offenses d'aulrui malheureuses victimes. Que nous servent, hélas 1 ces regrets superflus? Nos pères ont péché, nos pères ne sont plus. Et nous portons la peine de leurs crimes.
TOUT LE CUCEUR.
Le Dieu que nous servons est le Dieu des combats : Non, non, il ne soufirira pas Qu'on égorge ainsi l'innocence.
I La répétition de (es deux vers est touchante. Racine ne se contente pas de varier la mesure de ses vers, il varie aussi le ton. Apres la peinture horrible du carnage, il peint un enfant qui se plaint. Ces différents contrastes servent beaucoup a animer le style. IL. B.)
âi2 ESTHER
UNE ISRAÉLITE, seule.
Hé quoi ! dirait l'impiété.
Où donc est-il ce Dieu si redouté Dont Israël nous vantait la puissance ?
UNE AUTRE
Ce Dieu jaloux, ce Dieu victorieux,
Frémissez, peuples de la terre.
Ce Dieu jaloux, ce Dieu victorieux ,
Est le seul qui commande aux cieux :
Ni les éclairs ni le tonnerre
N'obéissent point à vos dieux.
UiNE AUTRE.
Il renverse l'audacieux.
UNE AUTRE
Il prend l'humble sous sa défense.
TOUT LE CHOEUR
Le Dieu que nous servons est le Dieu des combats : Non, non, il ne souifiira pas Qu'on égorge ainsi l'innocence.