‹ Œuvres choisies de J.RacineChapitre 159 sur 260 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

Je voudrais donc, seigneur, que ce mortel heureux ' De la pourpre aujourd'hui paré comme vous-même. Et portant sur le front le sacré diadème. Sur un de vos coursiers pompeusement orné, Aux yeux de vos sujets dans Suse fût mené; Que , pour comble de gloire et de magnificence. Un seigneur éminent en richesse, en puissance*'? Enfin de votre empire après vous le premier, Par la bride guidât sou superbe coursier * : Et lui-même, marchant en habits magnifiques, Criât à haute voix daus les places publiques : « Mortels, prosternez- vous 1 c'est ainsi que le roi « Honore le mérite, et couronne la foi. »

ASSUÉRUS

Je vois que la sagesse elle-même t'inspire : Avec mes' volontés Ion sentiment conspire. Va, ne perds point de temps; ce que tu m'as dicté, Je veux de point en point qu'il soit exécuté '* : La vertu dans l'oubli ne sera plus cachée. Aux portes du palais prends le Juif Mardochée, C'est lui que je prétends honorer aujourd'hui : Ordonne son triomphe et marche devant lui ; ue Suse par ta voix de son nom retentisse, Et fais à son aspect que tout genou fléchisse». Sortez tous.

AMAN , à part.

Dieux !

1 Eftk., ch. VI, V. Set 9.

« Cette qualification de seigneur est moderne. G est cependant un titre que tous les poètes tragiques donnent aux rois et aux grands. (A. M.)

s Cette expression , par la bride, placée au commencement du vers, se trouve relevée et ennoblie par le reste de la phrase, dont le style est pompeux. Ainsj Racine a su placer heureusement, dans la poésie la plus noble, les mots de pavé . de chienu, deboucM, de chevaux, etc. (G.)

* Eilh., ch. VI, V. 16.

5 11 n y a point d'exemples, dans aucune histoire, d'un orgueil aussi profondé-

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