‹ Œuvres choisies de J.RacineChapitre 172 sur 260 · ZARÈS · texte numérisé non relu

ZARÈS

Seigneur, nous sommes seuls. Que sert de se flatter?

Ce zèle que pour lui vous fîtes éclater,

Ce soin d'immoler tout à son pouvoir suprême,

Entre nous, avait-il d'autre objet que vous-même '?

Et, sans chercher plus loin, tous ces Juifs désolés.

N'est-ce pas à vous seul que vous les immolez?

Et ne craignez-vous point que quelque avis funeste...

Enfin la cour nous hait, le peuple nous déteste.

Ce Juif même, il le faut confesser malgré moi,

Ce Juif, comblé d'honneurs, me cause quelque effroi '

Les malheurs sont souvent enchaînés l'un à l'autre ;

Et sa race toujours fut fatale à la vôtre.

De ce léger affront songez à profiter.

Peut-être la fortune est prête à vous quitter;

Aux plus affreux excès son inconstance passe :

Prévenez son caprice avant qu'elle se lasse.

Où tendez-vous plus haut? Je frémis quand je voi

Les abîmes profonds qui s'offrent devant moi ;

La chute désormais ne peut être qu'horrible.

Osez chercher ailleurs un destin plus paisible :

Regagnez l'Hellespont et ces bords écartés

1 C'est dans l'esprit seul des spectateurs que ces idées doivent naître. Instruits du caractère d Aman , ils savent bien que tout ce que ce favori se vante d'avoir fait pour le roi, il ne l'a fait que pour lui-même ; mais est-il dans les convenances que la femme d'Aman parle ainsi? Ne devrait-elle pas plutôt se plaindre de l'injustice du roi? Ce qu'Aman n'ose s'avouer à lui-même , est-ce à Zarès à le lui dire aussi froidement? (A. Martin.)

2 Esih., ch. VI, V. 13.

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