‹ Œuvres choisies de J.RacineChapitre 231 sur 260 · SCÈNE V JOAD, JOSABETH, MATH AN, NABAL · texte numérisé non relu

SCÈNE V JOAD, JOSABETH, MATH AN, NABAL

JOAD

OÙ suis-je? De Baal ne vois-je pas le prêtre? Quoi î fllle de David, vous parlez à ce traître? Vous souffrez qu'il vous parle? et vous ne craignez pas Que du fond de l'abime enir'ouvert sous ses pas, II ne sorte à l'inslant des feux qui vous embrasent, Ou qu'en tombant sur lui ces murs ne vous écrasent? Que veut-il? de quel front cet ennemi de Dieu Vient-il infecter l'air qu'on respire en ce lieu ^?

• Dans l'Écriture , rendre gloire à Dieu se dit souvent pour atlesler son nom.

î Assis dans la chaire empestée . expression tirée du psaume i : « Et in cathedra pestiientiap non sedit. »

s Cet enthousiasme de Joad , qui est si bien soutenu dans tout son rôle, est ce qui en fait la prinripale jjeauté : il est 1 àme de la pièce , l'espèce de passion qui seule y tient lieu de toutes les autrc'^, et sans laquelle tout serait froid. (L.) —

3S6 ATHALfE

MATH AN

On reconnaît Joad à cette violence.

Toutefois il devrait montrer plus de prudence, Respecter une reine, et ne pas outrager Celui que de son ordre elle a daigné charger.

JOAD

Eh bien ! que nous fait-elle annoncer de sinistre? Quel sera l'ordre affreux qu'apporte un tel ministre?

MATH AN

J'ai fait à Josabeth savoir sa volonté.

JOAD

Sors donc de devant moi, monstre d'impiété. De toutes les horreurs , va, comble la mesure. Dieu s'apprête à te joindre à la race parjure, Abiron et Dathan, Doëg, Achitophel'; Les chiens à qui son bras a livré Jézabel, Attendant que sur toi sa fureur se déploie, Déjà sont à ta porte et demandent leur proie.

MATHAN, troublé.

Avant la fin du jour... on verra qui de nous... Doit... Mais sortons, Nabal.

NABAL

Où vous égarez-vous ?

De vos sens étonnés quel désordre s'empare?

Voilà votre chemin.

J.'énergie du pontife produit ici l'efTet le plus théâtral. Voltaire, dans ses dernières années, a eu le malheur de ne voir que du fanatisme dans cet enthousiasme de la vertu , dans cette horreur si naturelle d'un saint prophète contre un lâche apostat, contre le ministre d'une usurpation sanguinaire et sacrilège. Voltaire, admirateur à'Alhalie tant qu'il conserva du goût, semblait n'avoir plus dans sa vieillesse que sa haine pour la religion. (G.)

1 II Abiron et Dathan se soulevèrent contre Moïse et Aaron. La terre sentr'ouvr it sous leurs pas, et les dévora.» {Xumbr., ch. xvi.) » Doèg accusa, auprès de Saiïl, Abimélech d'avoir secouru David; chargé de la vengeance de Saul , il massacra Aliimélech et quatre-vingt-cinq prêtres de la ville de Nobé, tous revêtus de leurs ornements pontificaux. » (/ Rois, ch. xxii.) « Achitophel prit le parti d'Absalon contre son père , et se pendit de désespoir de ce que ce jeune prince ne suivait pas ses conseils. >> (Il Rois, ch. xvn.) (G.)

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