‹ Œuvres choisies de J.RacineChapitre 58 sur 260 · SCÈNE III AGRIPPINE, JUNIE · texte numérisé non relu

SCÈNE III AGRIPPINE, JUNIE

AGRirPINE.

iMadame, ou je me trompe, ou durant vos adieux Quolques pleurs répandus ont obscurci vos yeux Puis-je savoir quel trouble a formé ce nuage? Uoutez-vous d'une paix dont je fais mon ouvrage?

JUNIE

Après tous les ennuis que ce jour m'a coûtés,

Ai -je pu rassurer mes esprits agités?

Hélas ! à peine encor Je conçois ce miracle.

Quand môme à vos bontés je craindrais quelque obstacle,

Le changement , Madame, est commun à la cour.

Et toujours quelque crainte accompagne l'amour.

AGRIPPINE

11 suffit, j'ai parlé, tout a changé de face ' : Mes soins à vos soupçons ne laissent point de place. Je réponds d'une paix jurée entre mes mains; Néron m'en a donné des gages trop certains. Ah ! si vous aviez vu par combien de caresses Il m'a renouvelé la foi de ses promesses ! Par quels embrassements il vient de m'arrêter - ! Ses bras dans nos adieux ne pouvaient me quitter. Sa facile bonté, sur son front répandue. Jusqu'aux moindres secrets est d'abord descendue. 11 s'épanchait en fils qui vient en liberté Dans le sein de sa mère oublier sa fierté.

1 C'est bien là l'orgueil d'un pouvoir précaire et emprunté : un des moyens de crédit, c'est d'y f.iire croire, et l'on en ressaisit d'autant plus l'apparence qu'on a été plus près d'en perdre la réalité. (L.)

? On peut mettre au rang des vers les plus parfaits de notre langue ces dix vers qui commencent par ces mots . Par quels embrassements, etc., et les derniers sont du style sublime. Tout y est également imposant, la pensée, les images et l'har monie. ^L.)

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