SCÈNE V AGAMEMNON, ULYSSE
AGAMEMNON
Juste Ciel, c'est ainsi qu'assurant ta vengeance Tn romps tous les ressorts de ma vaine prudence 1 Encor si je pouvais, libre dans mon malheur, Par des larmes au moins soulager ma douleur ! Triste destin des rois ! Esclaves que nous sommes ! El des rigueurs du sort et des discours des hommes, Nous nous voyons sans cesse assiégés de témoins ; Et les plus malheureux osent pleurer le moins '.
ULYSSE
e suis père, seigneur, et faible comme un autre'' :
1 Poimer des vœux au ciel n'a rien d'agréable ni d'élégant. (G.) Corneille a plusieurs phrases analogues, entre autres celle-ci :
Toujours vers quelque objet pousse quelque désir. (Cinna.)
2 Vers plein d'art, parce qu'il augmente le trouble et la douleur d'Agamemnon. On peut remarquer le môme genre de beauté dans ce vers de la première scène :
Roi , père, époiii heureux, fils du puissant Atrée. (G.)
3 Euripide est peut-être plus touchant que Racine ; mais les traits les plus pithétiques de ce raorcenu se retrouvent dans la suite de la pièce. Racine n'a rien perdu de ce qu'il pouvait emprunter; mais il a pris garde à la progression et à la convenance. Ce n'est pas devant Ulysse qu'Agamemnon doit se livrera toute sa sensibilité, et lepoëte en ménage les expressions, parce qu'il n'est qu'au premier acte. (G.)
4 Rien n'égale l'éloquence de ce discours d'Clysse ; c'est un des plus beaux
ACTP: I, SCÈNE V 131
Mon cœur se met sans peine à la place du vôtre ; Et, frémissant du coup qui vous fait soupirer. Loin de blâmer vos pleurs, je suis prêt de pleurer. Mais votre amour n'a plus d'excuse légitime ; Les dieux ont à Calchas amené leur victime : Il le sait, il l'attend : et s'il la voit tarder. Lui-même à haute voix viendra la demander. Nous sommes seuls encor : hâtez-vous de répandre Des pleurs que vous arrache un intérêt si tendre ; Pleurez ce sang, pleurez : ou plutôt sans pâlir, Considérez l'honneur qui doit en rejaillir. Voyez tout l'Hellespont blanchissant sous nos rames. Et la perfide Troie abandonnée aux flammes , Ses peuples dans vos fers, Priamà vos genoux, Hélène par vos mains rendue à son époux. Voyez de vos vaisseaux les poupes couronnées Dans cette même Auli<ie avec vous retournées ; Et ce triomphe heureux, qui s'en va devenir L'éteroel entretien des siècles a venir.
AGAMEMNON
Seigneur, de mes efforts je connais Fimpuissance : Je cède, et laisse aux dieux opprimer l'innocence. La victime bientôt marchera sur vos pas , Allez. iMais cependant faites taire Calchas; Et , m'aidant à cacher ce funeste mystère, Laissez-moi de l'autel écarter une mère.
morceaux d'une tragédie où les beautés fourmillent. Le caractère d'L'lysse s ennoblit ici et devient prescinc intéressant. Ce rôle, quoique fort court , est un de ceux qui font le plus admirer l'art et le .soiit de Racine. 11 n'était pas possible au |)Oëte d'introduire Ménélas... Ulysse est mieux lié à l'action que Ménélas, ([uoiqu'il n'y prenne pas autant d'intérêt; après avoir paru dans les premières scènes, il est censé agir dans tout le cours de la pièce, et revient au dernier acte faire le récit du sacrifice. (G.)
FIN DU PREMIER ACTE
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