‹ Œuvres choisies de J.RacineChapitre 82 sur 260 · SCÈNE V IPHIGÉNIE, ÈFilPHILE, DORIS · texte numérisé non relu

SCÈNE V IPHIGÉNIE, ÈFilPHILE, DORIS

IPIIIGÉNIE.

En quel funeste état ces mots m'ont-ils laissée ! Pour mon hymen Achille a changé de pensée 1 Il me faut sans homieur retourner sur mes pas ! Et vous cherchez ici quelque autre que Calchas.

ÉRirniLE.

Madame, à ces discours je ne puis rien comprendre.

IPIIIGÉNIE.

Vous m'entendez assez, si vous voulez m'entendre. Le sort injurieux me ravit un époux; Madame, à mon malheur m'abaudonnerez-vous? Vous ne pouviez sans moi demeurer à Mycène; Me verra-t-on sans vous partir avec la reine?

ÉRIPIIILE.

Je voulais voir Calchas avaut que de partir.

IPHIOÉNIE.

Que tardez-vous, Madame, à le faire avertir?

ERIPIIILE.

D'Argos, dans un moment, vous reprenez la route.

IPHIGÉNIE

Uu moment quelquefois éclaircit plus d'un doute. Mais, Madame, je vois que c'est trop vous presser; Je vois ce que jamais je n'ai voulu penser :

• Ce mot est terrible pour Iphigénie, qui vient de confier à Eriphile ses inquiétudes sur le peu d'empressement d'Achille. Cette scène n'est point dans la |)ièce grecque; Racine n'a du qu'a lui-même les sentiments pleins d une fierté noble et d'un juste orgueil que fait éclater Clytemnestre; aussi ce personnage est-il bien autrement caractérisé chez Racine que chez Euripide. (L. B.)

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Achille... Vous brûlez que je ne sois partie.

ÉRIPBILE.

Moi 1 vous me soupçonnez de cette perfidie ! Moi 1 j'aimerais, Madame, un vainqueur furieux , Qui toujours tout sanglant se présente à mes yeux ; Qui, la flamme à la main , et de meurtres avide. Mit en cendres Lesbos...

IPHIGÉNIE

Oui, vous l'aimez, perfide' !

Et ces mêmes fureurs que vous me dépeignez. Ces bras que dans le sang vous avez vus baignés, Ces murs, cette Lesbos , ces cendres , cette flamme , Sont les traits dont l'amour l'a gravé dans votre âme-; Et, loin d'en détester le cruel souvenir, Vous vous plaisez encore à m'en entretenir. Déjà plus d'une fois dans vos plaintes forcées J'ai dû voir et j'ai vu le fond de vos pensées : Mais toujours sur mes yeux ma facile bonté A remis le bandeau que j'avais écarté.

Vous l'aimez. Que faisais-je? et quelle erreur fatale M'a fait entre mes bras recevoir ma rivale ? Crédule, je l'aimais : mon cœur même aujourd'hui De son parjure amant lui promettait l'appui. Voilà donc le triomphe où j'étais amenée ! Moi-même à votre char je me suis enchaînée. Je vous pardonne, hélas ! des vœux intéressés. Et la perte d'un cœur que vous me ravissez : Mais que, sans m'avertirdu piège qu'on me dresse, Vous me laissiez chercher jusqu'au fond de la Grèce L'ingrat qui ne m'attend que pour m'abandonner. Perfide, cet afTront se peut-il pardonner?

1 C'est le seul emportement que le poète ait donné à la douce et timide Iphigénie. (G.)

2 Quelle profondeur de vérité dans ces vers, sans parler de tous les autres mérites 1 Quelle connaissance du cœur humain ! (L.)

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