‹ Œuvres choisies de Jean LahorChapitre 46 sur 85 · LE MARIAGE PERSAN · texte numérisé non relu

LE MARIAGE PERSAN

Soyez grands, soyez forts, soyez victorieux ; Soyez aimants, marchez des flammes dans les veux. Soleil, Dieu des clartés, Dieu bon qui les pénètres, Verse-leur ton amour brûlant pour tous les êtres. — Comme le Ciel bénit la Terre nuit et jour, Homme, sur cette femme épanche ton amour; O femme, quand sa main entr'ouvrira tes voiles, Qu'il trouve en toi la paix sereine des étoiles. La vie est un tragique et sublime combat : Affrontez-le d'un cœur vaillant que rien n'abat. Soyez purs de pensée et purs en vos paroles; Pour que vos actions ne soient vaines ni folles, Craignez déjà les yeux futurs de vos enfants. A travers les douleurs avancez triomphants;

40 L'iLLUSIOX.

Imitez les héros de l'époque première,

Luttez pour la justice et la sainte lumière.

Chassez le mal, chassez la nuit, semez le bien.

Resserrez toujours plus l'infrangible lien

Dont j'unis à jamais vos deux cœurs dans la vie.

Chaque soir, admirez l'assemblée infinie

Des astres, et songez, en les voyant si beaux,

Qu'il vous faut être ainsi de radieux flambeaux.

— Au nom d'Ormuzd, je vous bénis, vivez prospères

Et transmettez la gloire et le sang de vos pères.

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Voix adorable, au son d'argent, qui nous abuses Blancheurs, nacres des chairs, frissons des cheveux fins, Beautés, charmes, attraits, vous n'êtes que les ruses Dont se sert le Tyran pour atteindre ses fins !...

Despotique et jaloux, il condamne aux supplices L'enfant chaste qui lutte avec sa volonté, Et, l'affolant d'un vin plein d'amères délices, Verse en elle l'ennui de sa virginité.

Des amants exaltés de visions sublimes, Ainsi que par leur chef l'étaient les Haschischins, Sinistrement par lui sont poussés à des crimes, Exécuteurs naïfs de ses secrets desseins !

L'immortelle Beauté lui sert d'entremetteuse. La Reine triomphale au front impérieux Qui sait voiler si bien d'une douceur menteuse Tant de rêves sanglants dans la paix de ses yeux.

Que veut-il, où tend-il en infligeant, à l'âme L'atroce volupté des plaisirs infamants, Ce Maître, corrupteur de l'homme et de la femme. Qui fouette et mène ainsi le troupeau des amanis?

Complice et serviteur du Destin implacable, Du Dieu vague, effrayant, qui régit notre sort, L'Amour n'a d'autre but que de peupler l'étable Qu'impitoyablement vide sans fin la Mort.

— Êtres, surgissez donc pour le drame terri Où l'Amour et la Mort vous poussent tour à tour ! Êtres, apparaissez, sorte/ de l'invisible, Ouvrez vos yeux une heure à la clarté du jour !

Vive/, soutirez, aime/, inconscients des caus

Oui vous font vous étreindre, ô couple des amants:

Mortels, éternisez l'illusion des choses!

O lèvres des mortels, échangez vos serments!

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A travers les grands bois qu'endorment les nuits molles, Sous l'incantation de la lune d'été, Pâles, extasiés, sans soufHe, sans paroles, Perdez-vous, éblouis, en ce rêve enchanté !

Une heure enivrez-vous de la beauté du songe : De vos yeux fugitifs, si peu de temps ouverts, Un moment contemplez le radieux mensonge, Partagez le désir qui trouble l'univers !

Et, sous l'infini morne et devant les abîmes Où plongent sans effroi vos yeux passionnés, Pour l'ivresse du moins qu'il verse à ses victimes. Pardonnez au Destin qui vous a condamnés !

Chants Panthéistes.

REVERIE PANTHEISTE

Songe d'un soir d'été, de caresse infinie :

Se perdre dans le large océan de la vie,

Et, dans ses flots noyé, bientôt ne plus sentir

Que la lente douceur de s'y fondre et mourir!...

Rêver que l'on est fleur, plante, l'oiseau qui vole,

Ou le vent, ce vent chaud qui passe, et, pour parole,

Qu'on a son chant qui berce et son baiser qui fuit...

Etre cette forêt qui, vaste sous la nuit.

Frissonne par un souffle immense traversée!...

Etre l'arbre ignorant le mal de la pensée ;

Ou ce grand ciel laiteux, d'où s'épanche en clarté

L'innombrable baiser des étoiles d'été !...

Etre la mer qui bout toujours, crée et fermente 1...

Devenir toute chose où tremble une âme aimante.

De l'herbe qui palpite à l'étoile de feu!...

Sentir en soi s'ouvrir le cœur rague d'un Dieu !

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