‹ Œuvres choisies de Jean LahorChapitre 55 sur 85 · ALLAH PARLE AU POETE · texte numérisé non relu

ALLAH PARLE AU POETE

De votre âme j'ai fait le miroir de mes cieux; J'ai fait se refléter l'infini dans vos yeux; Poète, qui reçus la parole féconde, Tu dormais en mon sein, quand j'ai créé le monde Le rythme, qui régit ta pensée et tes vers, Tu l'entendais en moi quand naquit l'univers. — Qu'importe si pour vous l'illusion est brève : Dans vos yeux fugitifs j'ai fait flotter mon rêve!... Créatures d'un jour en mon éternité, Vous tous, qui partagez mon songe illimité. J'aime et rêve sans fin, sans fin je brûle et j'aime Aimez donc, et rêvez, brûlez comme moi-même!.. Chacun de vous peut dire, ô rayons dispersés : « J'étais le Créateur dans les siècles passés !... »

6o l'illusion.

Car du grand Tout vivant vous êtes les parcelles;

De mon ardent foyer, en torrents d'étincelles,

Jaillissez et brillez une heure, âmes de feu,

Puis rentrez dans mon sein, et redevenez Dieu!...

O poète, entrevois le mystère des choses,

Que la vie et la mort sont les métamorphoses

De l'Être qui ne peut commencer ni finir,

Que je suis le Présent, le Passé, l'Avenir,

L'Océan éternel d'où tout astre s'élève,

Que, vous et moi, nous aurons fait le même rêve!

Poète, au souvenir de mes créations,

Fais dans ton âme aussi fleurir les visions;

Ou sois l'aigle éperdu, qui monte des abîmes ;

Monte d'un grand coup d'aile, atteins les cieux sublimes.

Plane dans l'azur clair, dans l'orage et le vent,

Embrasse l'infini de mon rêve mouvant,

Regarde fixement mon âme, et, sur la terre,

Ébloui, palpitant, les veux fous de mystère.

Quand tu redescendras, ô Poète inspiré,

Chante mes passions et mon néant sacré ;

Dis-leur ce que tu vis en contemplant mon gouffre;

Dis-leur que comme toi, je jouis, aime et souffre;

Chante alors ma lumière et chante aussi ma nuit,

Mes deux faces dont l'une est sombre et l'autre luit ;

ALLAH PARLE AU POÈTE. 6l

Révèle ma splendeur et ma misère antiques;

Unis l'horrible au beau dans tes hymnes mystiques;

En ton âme, miroir de mes éternités,

Que l'ombre ainsi se môle à d'immenses clartés;

Et sois fier et sois ivre, ô fantôme, ô poussière.

De pouvoir adorer, à la vague lumière

Dont mon gouffre pour toi s'illumine un instant

L'illusoire splendeur de l'éternel Néant.

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