‹ Œuvres choisies de Jean RacineChapitre 10 sur 159 · ATALIDE, ACOMAT, ZAÏRE · texte numérisé non relu

ATALIDE, ACOMAT, ZAÏRE

ACOMAT

Enfin nos amans sont d'accord, Madame. Un calme heureux nous remet dans le port* La sultane a laissé désarmer sa colère; Elle m'a déclaré sa volonté dernière ; Et, tandis qu'elle montre an peuple épouvanté Du prophète divin l'étendard redouté, Clu'à marcher sur mes pas Bajazet se dispose. Je vais de ce signal faire entendre la cause ; Remplir tous les e^ts d'vmc juste terreur; Et proclamer enfin le nouvel empereur.

Cependant permettez que je vous renouvelle

Le scHUrenir du prix qu'on promit à mou zèUi N'attendez point de moi ces doux emportemens, Tels que j*en vois paraître an cœur de ces amans. Mais si, par d'autres soins plus dignes de mon âge, Par de profonds respects, par un long esclavage, Tel que nous le devons au sang de nos sultans^ Je puis...

ATAUDB.

Vous m'en pourrez instruire avec le temps.

Avec le temps aussi vous pourrez me connaître. Mais quels sont ces transports qu'ils vous ont fait paraître'^

ACOMiT.

Madame, doutez-vous des soupirs enflammés De deux jeunes amans l'un de l'autre charmés 1

ATAUDE.

Non. Mais, à dire vrai, ce miracle m'étonne ; Et dit-on à quel prix Roxane lui pardonne 1 L'épouse4*il enfin 1

ACOMAT

Madame, je le crois.

Voici tout ce qui vient d'arriver devant moi. Surpris, je i'avoùrai, de leur fureur commune, Gluerellant les amans, l'amour et la fortune, J'étais de ce palais sorti désespéré.

Déjà, sur un vaisseau dans le port préparé, Chargeant de mon débris les reliques plus chèrW| Je méditais ma fuite aux terres étrangères.

JDans ce triste dessein au palais rappelé. Plein de joie et d'espoir, j'ai couru, j'ai volé. La porte du sérail à ma voix s'est ouverte, Et d'abord une esclave »mes yeux s'est offerte,

44 BAJAXKT,

Glui m'a conduit sans bmit dans un appartement» Où Rozane attentive écoutait son amant.

Toat gardait devant eux on auguste silenee.

Moi-même, résistant à mon impatience Et re^Nictant de loin leur secret entretien, J'ai long-temps, immobile, observé leur maintien. Enfin, avec des yeux qui découvraient son âme. L'une a tendu la main pour gage de sa flamme ; L'autre, avec des regards éloquens, pleins d'amour, L'a de ses feux, Madame, assurée, à son tour/

ATALUn.

Hélas!

ACOMIT.

Us m'ont alors aperçu l'un et l'autre.

Voilà, m'a<4«lle dit, votre prince et le nôtre. Je vais, bwve Acomal, le remettre en vos mains. Allez lui préparer les honneurs souverains.

Glu'un peuple obéissant l'attende dans le temple. Le sérsdl va bientôt vous en donner l'exemple. Aux pieds de Bajazet alors je suis tombé.

Et soudain à leurs yeux je me suis dérobé.

Trop heureux d'avoir pu, par un récit fidèle, De leur paix, en passant, vous conter la nouvelle , Et m'acquitter vers vous de mes respects profonds. Je rr '^ ^« couronner, Madame, et j'en répands

TaA<»fiDIB. 45

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