‹ Œuvres choisies de Jean RacineChapitre 114 sur 159 · ESTHER, ELISE · texte numérisé non relu

ESTHER, ELISE

E8TBXR.

Est-ce toi, chôre Elise 1 O jour trois fois heareux 1 Gtne béni soit le Ciel qai te rend âmes vœuzi Toi, qui de Benjamin, comme moi, descendnei, Fus de mes premiers ans la compagne assidue , Et qui, du même joug souffrant l'oppression, M'aidais à soupirer les malheurs de Sion.

Combien ce temps encore est cher à ma mémoire I Mais toi, de ton Esther ignmrais-tu la gloire 1 Depuis plus de six mois que je te fais chercher, Gtuel climat, quel désert a donc pu te cacher 1 'sa

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é Au bruit de votre mort jostemenl éplorée, ^ Du reste des humains je vivais séparée, Et de mes tristes jours n'attendais que la fin ; Cluand tout à coup, Madame, un prophète divin : " C'est pleurer trop long-temps une mort qui t'abuse, " Lôve-toi, m'a-t-il dit, prends ton chemin vers Snze. " Là, tu verras d'Ësther la pompe et les honneurs, " Et sur le trône assis le sujet de tes pleurs. " Rassure, ajouta-t-il, tes tribus alarmées : " Sion, le jour approche, où le Dieu des armées " Va de son bras puissant faire éclater l'appui, " Et le cri de son peuple est monté jusqu'à lui.** Il dit. Et moi, de joie et d'horreur pénétrée. Je cours. De ce palais j'ai su trouver l'entrée. O spectacle ! O triomphe admirable à mes yeux! Digne, en effet, du bras qui sauva nos aïeux !

r IjC fier Assuérûs couronne sa captive, ,

L^t le Persan superbe est aux pieds d'une Juive. Par quels secrets ressorts, par quel enchaînement -^

• Le Ciel a-t-il conduit ce grand événement 1

Peut-être on t'a cohté la fameuse disgrâce De l'altière Vasthi, dont j'occupe la place, Lorsque le roi, contre eRe enflammé de dépit, La chassa de son trône, ainsi que de son lit. Mais il ne put sitôt en bannir la pensée.

Vasthi régna long-temps dans son âme offensée. Dans ses nombreux états il fallut donc chercher Cluelque nouvel objet qui l'en put détacher.

De l'Inde à l'Hellespont ses esclaves coururent :

TRAGËDfK. S71

Les filles de TEgypte à Suze comparurent.

Celles môme du Parthe et du Scythe indompté

Y briguèrent le sceptre offert à la beauté. / ^ . ^

Onjn^JeyaitjJors s^^ ^* '^

Sous les yeux vigilans iu sage Mardochée ; -^^ '

Tu sais combien je dois a ses heureux secours.

La mort m'avait ravi les auteurs de mes jours ;

Mais lui, voyant en moi la fille de son frère,

Me tint lien, chère Elise, et de père et de mère.

Du triste état des Juifs jour et nuit agité,

Il me tira du sein de mon obscurité ;

Et, sur mes faibles mains fondant leur délivrance,

Il me fit d'tîn empire accepter l'espérance.

A ses desseins secrets, tremblante, j'obéis ;

Je vins ; mais je cachai ma race et mon pays.

Gtui pourrait cependant t'exprimer les cabales

«lue formait en ces lieux ce peuple de rivales,

Clui toutes, disputant un si grand intérêt,

Des yeux d'Assuérus attendaient leur arrêt 1

Chacune avait sa brigue et de puissàiis suffrages .

L'une d'un sang fameux vantait les avantages;

L'autre, pour se parer de superbes atours.

Des plus adroites mains empruntait le secours :

Et moi, pour toute brigue et pour tout artifice,

De mes larmes au Ciel j'offraii le sacrifice.

Enfin on m'annonça l'ordre d'Assuérus.

Devant ce fier monarque. Elise, je parus.

Dieu tient le cœur des rois entre ses mains puissantes ;

Il fait que tout prospère aux âmes innocentes.

Tandis qu'en ses projets l'orgueilleux est trompé.

De mes faibles attra its le roi p a rut frappé ;

Il m*observa loog-temps dans nn somore silence ; Et le Ciel, qni pour moi fit pencher la balance, Dans c^ temps-là sans donte a^sait sur son cœur. Enfin, avec des yeux où régnait la douceur :

"Soxcz reinç," dit-il ; et, dès ce moment même, Dèsa main sUr mon frdnt posa son diadème.

Pour mieux faire éclater sa joie et son amour, Il combla de présens fous les grands de sa cour; Et môme ses bienfaits, dans toutes ses provinces, Invitèrent le peuple aux noces de leurs princes. iHélas ! durant ces jours de joie et de festins, Uuelleétait en secret ma hont^ et mes chagrinsi EstHer, disais-je, Esther, dans la pourpre est assise, La moitié de la terre à son sceptre est soumise, Et de Jérusalem l'herbe cache les murs!

Sion, repaire affreux de reptiles impurs, Voit de son temple saint les pierres dispersées, El du Dieu d'Israël les fcles sont cessées I

ÉLISE

N'avez-vuus point au roi confié vos ennuis 1

Le roi, jusqu'à ce jour, ignore qui je suis.

Celui par qui le Ciel règle ma destinée.

Sur ce secret encor tient ma langue enchaînée.

^—^ 1ÉLI8C.

^ Mardoçhée 1 Eh ! peut-il approcher de ces lieux %

EsrnER.

Son amitié pour moi le rend ingénieux.

Absent, je le consulte ; et sesréponses-sages. Pour venir jusqu'à moi, trouvent mille passages ; Un père a moins de soins du salut de son fils.

TUAOfiDIE. 9f?3

Déjà même, déjà, par ses secrets avis.

J'ai découvert au roi les sanglantes pratiques due formaient contre lui deux ingrats domestiques. Cependant mon amour pour notre notion A rempli ce palais de filles de Sion, jeunes et tendres fleurs, par le sort agitées, Sous un ciel étranger comme moi transplantées. , Dans un lieu séparé de profanes témoins.

Je mets à les former mon étude et mes soins; Et c'est là que, fujrant l'orgueil du diadème, Lasse de vains honneurs, et me cherchant moi-même. Aux pieds de l'Etemel je viens m'humilier, Et goûter le plaisir de me faire oublier.

Mais à tous les Persans je cache leurs familles. Il faut .es appeler. Venez, venez, mes filles. Compagnes autrefois de ma captivité, De l'antique Jacob jeune postérité.

SOÉNE II.

ESTHER, ELISE, le Chœur

UNE uRAÉLrrE, chantant derrière le iMàPre.

Ma sœur, quelle voix nous appelle 1

UNE AUTRE

J'en reconnais les agréables sons :

C'est la reine.

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