‹ Œuvres choisies de Jean RacineChapitre 122 sur 159 · HYDA8PE · texte numérisé non relu

HYDA8PE

Gluel est cet emiemi de l'état et du lui?

AMAN

Le nom de Mftrdo£hiCL.fisL-il connu de toi ?

RYDASPE.

Cluii Ce chef d'une race abominable, impie?

AMAN

Oui, lui-même.

HTDA8PE.,

Eh ! Seigneur, d'une si belle vie Un si faible ennemi peut-il troubler la paix ?

^aMAN.

L'insolent devant moi ne se cwtrba jamais.

En vain de la faveur du plus grand des monarques Tout révère à genoux les glorieuses marques.

Lorsque d'un saint respect tous les Persans touchés N'osent lever leurs fronts à la terre attachés, -^ Lui, fièrement assis, et la tête immobile, Traite tous ces honneurs d'impiété Servile, Présente à mes regards un front séditieux.

Et ne daignerait pas au moins baisser les yeux.

* Du palais cependant il assiège la pone :

A quelque heure que j'entre, Hydaspe, on que je sortc^ Son visage odieux m'afflige et me poursuit, Et mon esprit troublé le voit encore la nuit. Ce matin, j'ai voulu .devancer la lumière :

Je l'ai trouvé couvert d'une affreuse poussière, Revêtu de lambeaux, tout p&le ; mais son œil Conservait sous la cendre encor le même orgueil. D'où lui vient, cher ami, cette impudente audace f Toi, qui dans ce palais vois tout ce qui se passe, Crois-tu que quelque voix ose parler pour luit Sur quel roseau fragile a-t-il mis son aj^uil

HTDjUIPE.

Seigneur, vous le savez, son avis salutaire Découvrit ^e Tharès le complot sanguinaire.

Le roi promit alors de le récompenser; Le roi, depuis ce temps, paraît n'y plus penser.

AKAS.

Non, il faut à tes yeux dépouiller l'artifice. J'ai su de mon destin corriger l'injustice.

Dans les mains des Persans, jeune enfant itppOTté, Je gouverne l'empire où je fus acheté ; Mes richesse3 des rois^galent l'opulence.

Environné d'enfans, soutiens de ma puissance, I) ne manque à mon front que le bandeau r(^al. Cependant (des mortels aveuglement fatal !) De cet amas d'honneurs la douceur passagère Fait sur mon oœur à peine u&e atteinte légère ; Mais Mardochée, assis aux partes du palais, Dans ce cœur malheureux enfonce mille traits; Et toute ma grandeur me devient insipide,

traqCdiiu 289

Tandis que le soleil éclaire ce perfide.

BTDA8PE.

Vous serez de sa vue affranchi dans dix jours . La nation entière est promise aux vautours.

AMAN

Ah ! que ce temps est long à mon impatience ! C'est lui, je te veux bien confier ma vengeance, C'est lui qui, devant moi, refusant de ployer, Lès a livrés au bras qui les va foudroyer.

C'était trop peu pour moi d'une telle victime: La vengeance trop faible attire un second crime. Un honmie tel qu'Aman, lorsqu'on l'ose irriter, . Dans sa juste fureur ne peut trop éclater. Il faut des châtimens dont l'univers frémisse ; Glu'on tremble, en comparant l'offense et le supplice} Ctue les {Peuples entiers dans le sang soient noyés. / Je veux qu'on dise un jour aux siècles effrayés :

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Répandus sur la terre, ils en couvraient la face ; Ua seul osa d'Aman attirer le courroux ; 'Aussitôt de la terre ils disparurent tous.

' HTDASPfi.

Ce n'est donc pas, Seigneur, lel^ang amalécite Dont la voix à les perdre en secret vous excite 1

aAan.

Je sais que, descendu de ce sang malheureux, Une étemelle haine a dû m'armer contre eux ; Glu'ils firent d'Amalec un indigne carnage ; Ctue, jusqu'aux vils troupeaux, tout éprouva leur rage; Glu'un déplorable reste à peine fut sauvé.

Mais, crois-moi. dans le rang où je <«nû« élevé,

SM ESTBER,

Mon âme, à ma grandear tout entière attachée.

Des intérêts du sang est faiblement touchée.

Mardochée estiîffiUPflblfi, et que faut-il de pltxsî»

Je prévins donc contre eux Pesprit d'Assnénis;

J'inventai des couleurs; j*annai la calomnie;

JUntéressai sa gloire; il trembla pour sa vie.

Je les peignis puissans, riches, séditieux ;

Leur dieu même ennemi de tous les autres djienx.

Jusqu'à quand souâre-t-on que ce peuple respire,

Et d'un culte profane infecte VY>tre empire ?

Etrangers dans la Perse, à nos lois opposés,

Du reste des humains ils semblent divisés ;

N'aspirent qu'à troubler le repos où nous sommes,

Et détestés partout, détestent tous les honunes.

Prévenez, punissez leurs insol^s efiforts;

De leur dépouille, enfin, grossissez vos trésors.

Je dis, et l'on me crut. Le roi, dès l'heure même.

Mit dans ma main le sceau de son pouvoir suprême :

" Assure, me dit-il,. le repos de ton roi;

" Va, perds ces malheureux ; leur dépotdUé est à toi'

Toute la nation fut ainsi condamnée,

Du carnage avec lui je réglai la journée.

Mais de ce traître, enA, le trépas difieré

Fait trop souffrir pion cœur de son sang altéré.

Un je ne sais quel trouble empoisonne ma joie.

Pourquoi dix jours encor faut-il que je le voie ?

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