‹ Œuvres choisies de Jean RacineChapitre 130 sur 159 · E3TRER · texte numérisé non relu

E3TRER

Seigneur, je n'ai jamais contemplé qu'avec crainte L'auguste majesté sur votre ftront empreinte ; Jugez combien ce front, irrité contre moi.

Dans mon âme troublée a dû jeter d'effroi ; Sur ce trône sacré qu'environne la foudre.

J'ai cru vous voir tout prêt à me réduire en poudre. Hélas ! sans frissonner, quel cœur audacieux Soutiendrait les éclairs qui partaient de vos yeux 7 Ainsi du Dieu vivant la colère étincelle

ASSUÊRDS.

O soleil ! ô flambeau de lumière immortelle ! Je me trouble moi-même, et sans frémissement Je ne puis voir sa peine et son saisissement. Calmez, reine, calmez la frayeur qui vous presse. Du coeur d'Assuérus souveraine maîtresse, Eprouvez seulement son ardente amitié.

Faut-il de mes états vous donner la moitié 1

E8TBBR.

Eh 1 se peut-il qu'un roi| craint de la terre entière, Devant qui tout fléchit et baise la poussière, Jette sur son esclave un regard si serein, Et m'o0re sur son cœur un pouvoir souverain 1

AflSUÊRVS.

Croyez-moi, chère Esther, ce sceptre, cet empire, Et ces profonds respects que la terreur inspire, A leur pompeux éclat mêlent peu de douceur.

Et fatiguent souvent leur triste possesseur.

Je ne trouve qu'en vous je ne sais quelle grâce Glui me charme toujours, et jamais ne me lasse; De l'aimable vertu doux etpuissans attraits!

Tout respire en Esther l'innocence et la paix. Du chagrin le plus noir elle écarte les ombres. Et fait des jours sereins 4e mes jours les plus sombres , due dis-je 1 Sur ce trône assis auprès de vous, Des astres ennemis j'en crains moins le .courroux. Et crois que votre front prête à mon diadème Un éclat qui le rend respectable aux dieux même. Osez donc me répondre, et ne me cachez pas Gluel sujet important conduit ici vos pas.

Gluel intérêt, quels soins vous agitent, vous pressenti Je vois qu'en m'écoutant vos yeux au Ciel s'adressent. Parlez : de vos désirs le succès est certain, Si ce succès dépend d'une mortelle main.

JESTHER.

O bonté qui m'assure autant qu'elle m'honore ! Un intérêt pressant veut que je vous implore: J'attends ou mon malheur, ou ma félicité ; Et tout dépend, Seigneur, de votre volonté.

TRAOÊOIE. âU9

Un mot de votre bouche, en' terminant mes peines, Peut rendre Esther heureuse entre toutes les reines.

ASSUÉRUS

Ah 1 que vous enflammez mon désir curieux !

Seigneur, si j'ai trouvé grâce devant yos yeu% Si jamais à mes. vœux vous fûtes favorable^ Permettez, avant tout, qu'Esther puisse à sa table Recevoir aujourd'hui son souverain Seigneur, Et qu'Aman soit admis à cet excès d'honneur.

J'oserai devant lui rompre ce grand silence, Et j'ai, pour m'expliquer, besoin de sa présence.

A88UÉRUS.

Dans quelle inquiétude, Esther, vous me jetez ! Toutefois, qu'il soit fait comme vous souhaitez.

(d cetu: de sa suite.^ Vous, que l'on cherche Aman, et qu'on lui fasse entendre Glu'invitô chez la reine, il ait soin de s'y rendre.

Page 1