‹ Œuvres choisies de Jean RacineChapitre 28 sur 159 · ROXANE, ATALIDE · texte numérisé non relu

ROXANE, ATALIDE

' ATAUDE.

Je ne viens plus, Madame, à feindre disposée.

Tromper votre bonté si long-tempsT'abusée.

Confuse et digne objet de vos inimitiés,

Je viens mettre mon cœur et mon crime à vos piedi.

Oui, Madame, il est vrai que je vous ai trompée.

Du soin de mon amour seulement occupée,

Ctuand j'ai vu Bajazet, loin de vous obéir.

Je n'ai dans mes discours songé qu'à vous tr^ahir.

Je l'aimai dès l'enfance ; et dès ce temps, Madame,

TBAttiOU. 77

Pavais,- par 'mille soins, su prévenir son Ame. La soHane, sa mère, ignorant l'avenir,- Hélas! pour son malheur, se plut à nous uniri Vou&raimâtes depuis. Plus hetireux l'un et l'autre, Si, connaissant mon cœur, ou me cachant le vôtre, Votre amour de la mienne eût su se défier 1 Je ne me noircis point pour le justifier.

Je jure par le Ciel, qui me voit confondue.

Par ces grands Ottomans, dont je suis descendue. Et qui tous, avec moi, vous parlent à genoux Pour le plus pur du sang qu'ils ont transmis en nous, Bajazet à vos soins tôt ou tard plus sensible, Madame, à tant d'attraits n'était pas invincible. . Jalouse, et toujours prête à lui représenter Tout ce que je croyais digne de l'arrêter.

Je n'ai rien négligé : plaintes, larmes, colère, Gtuelquefois attestant les mânes de sa môre; Ce jour même, des jours le. plus infortuné.

Lui reprochant l'espoir qu'il vous avait donné. Et de ma mort enfin le prenant à partie.

Mon importune ardeur ne s'est point ralentie, Gtn'arrachant, malgré lui, des gages de sa foi. Je ne sols parvenue à le perdre avec moi.

Mais pourquoi vos bontés seraient^Ues lassées 1 Ne vous arrêtez point à ses froideurs passées. C'est moi qui l'y forçai. Les nœuds que j'ai rompus Se rejoindront bientôt, quand je ne serai plus. Q^uelque peine pourtant qui soit due à mon cruBe^. N'ordonnez pas vous-même une mort légitime.

Et ne vous montrez point à son cœur éperda Couverte de mon sang par vos mains répandu:.

18 lAiAm,

D'un cœur trop tendre encore épargnez la faible Vous pouvez de mon sort me laisser la maitrese. Madame, mon trépas n'en sera pas moins prompt. Jouissez d'un bonheur dont ma mort vous répond. Counmnez un héros dont vous serez chérie.

J'aurai soin de ma mort, prenez soin de sa vie. Allez, Madame, allez. Avant votre retour, J'aurai d'une rivale affranchi votre amour.

ROZANB.

Je ne mérite pas un si grand sacrifice.

Je me connais, Madame, et je me fais justice. Loin de vous séparer, je prétends aujourd'hui Par des nœuds étemels vous unir avec lui.

Vous jouirez bientôt de son aimable vue.

Levez-vous. Mais que vent Ziatime tout émueî

Page 1