‹ Œuvres choisies de Jean RacineChapitre 3 sur 159 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

KOXANE, ATALIDE, ZATIME, ACOMAT

OSMIN

AC0MAT4 La vérité s'accorde avec la renommée.

Madame, Osmin a vu le sultan et l'armée.

I^ superbe Amurat est toujours inquiet, * Et toujours tous les cœurs penchent vers Bajazet : D'une commune voix ils l'appellent au trône.

Cependant les Persans marchaient vers Babylone, Et bientôt les deux camps, aux pieds de son rempar^ Devaient de la bataille éprouver le hasard.

Ce combat doit, dit-on, fixer nos destmées; Et môme si d'Osmin je compte les journées, Le Ciel en a déjà réglé révénement ; Et le sultan triomphe ou fuit en ce moment Déclarons-nous, Madame, et rouans le silence. Fermons-lui, dàs ce jour, les portes de Bysance; Et, sans nous informer s'il triomphe on s'il fuit, Croyez-moi, hâtons-nous d'en prévenir le bruit.

If BAJAZKT

S'il fuit, que craignez-vous 1 SU triomphe, au contraire Le conseil le plus prompt est le plus salutaire. Vous voudrez, mais trop tard, soustraire à son pouro. Un peuple dans ses murs prêt à le recevoir.

Pour moi, j*ai su déjà, par mes brigues secrètes, Gagner de notre loi les sacres interprètes.

Je sais combien, crôdule en sa dévotion, Le peuple' suit le frein de sa religion.

Souffrez que Bajazet voie enfin la lumière.

Des murs de ce palais ouvrez4ui la barrière ; Déployez en son nom cet étendard fatal, Des extrêmes périls l'ordinaire signal.

Les peuples, prévenus de ce nom favorable, Savent que sa vertu le rend seule coupable.

D'ailleurs, un bruit confus par mes soins confirme Fait croire heureusement à ce peuple alarmé Glu'Amurat le dédaigne, et veut, loin de Bysance, Transporter désormais son trône et sa présence. Déclarons le péril dont son frère est pressé; liïontrons l'ordre cruel qui vous fut adressé. Surtout qu'il se déclare et se montre lui-même, £t fasse voir ce front digne du diadème.

ROXANE

Il suffit. Je tiendrai tout ce que j'ai promis.

Allez, brave Acomat, assembler vos amis.

De tous leurs sentimens venez me rendre compte;

Je vous rendrai moi-même une réponse prompte.

Je verrai Bajazet. Je ne puis dire rien

Sans savoir si son cœur «'accorde avec le mien.

Allez, et revenez.

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