‹ Œuvres choisies de Jean RacineChapitre 41 sur 159 · CENE PREMIERE · texte numérisé non relu

CENE PREMIERE

HERMIONE, CLEONE.

BERMIONE.

fE fais ce que tu veux. Je consens qu'il me yole ; fe lui veux bien encore accorder cette joie:

Pylade va bientôt conduire ici ses pas; Mais, si je m'en croyais, je ne le verriÂs pas ;

CLÉOME.

Et qu'est-ce que sa vue a pour vous de funeste 1 Madame, n'est-ce pas toujours le même Oreste, Dont vous avez cent fois souhaité le retour, Et dont vous regrettiez la constance et l'amour 1

HEBMIONB.

C'est cet amour, payé de trop d'ingratitude, du! me rend, en ces lieux, sa présence si rude, Cluelle honte pour moi ! Gtael triomphe pour lui De voir mon infortune égaler son ennui I Est-ce là, dirart-il, cette fière Hermione % * Elle me dédaignait, un autre l'abandonne.

L'ingrate, qui mettait son cœur à si haut pnx, Apprend donc à son tour à souffrir des mépris 1 Ah, dieux I

1U8 ANDROMAaVBi

CLÊONE.

Ah ! dissipez ces indignes alarmes !

Il a trop bien senti le ponroir de vos charmes. Vous croyez qu'un amant vienne vous insulter 1 11 vous rapporte un cœur qu'il n'a pu vous ôter. Mais vous ne dites point ce que vous mande un père 1

BERMIONE.

4 Dans ses rotardemens si Pyrrhus persévère,

A la mort du Troien s'il ne veut consentir, .. Mon père avec les Grecs m'ordonne de partir.

^ CLÉONE

4 Eh bien, Madame, eh bien, écoutez donc Oreste,

l Pyrrhus a commencé, faites au moins le reste.

^ Pour bien faire, il faudrait que vous le prévinssiez.

* Ne m'avez- vouj uas dit que vous le haïssiez 1

BERMIONE.

^ . Si je le hais, Cléon? 1 II y va de ma gloire,

Après tant de bontés dont il perd la mémoire,

I Lui, qui me fht si cher et qui m'a pu trahir ;

Ah, je l'ai trop aimé pour ne le j9oint haïr !

i CLÊONE.

! Fuyez-le donc, Madame, et puisqu'on vous adore.-

BERMIONE.

: Ah, laisse à ma fureur le temps de croître encore !

Contre mon ennemi laisse-moi m'assurer; ' Cléone, avec horreur je m'en veux séparer.

' Il n'y travaillera que trop bien, l'infidèle I

^l£one.

Gtuoil vous en attendez quelque mjure nouvelle î Aimei une captive, et l'aimer à vos yeux, Tout cela n'a donc pu vous le rendre odieoi 1

TRAOÊDIB. M

Après ce qu'il a fait, que saurait-il donc faire 1 Il vous aurait déplu, s'il pouvait vous déplaire.

^ HEIMIONE.

Pourquoi veux-tu, cruelle, irriter mes ennuis t Je crains de me connaître en l'état où je suis. De tout ce que tu vois tâche de ne rien croijre ; Crois que je n'aime plus. Vante-moi ma victoire. Crois que, dans son dépit, mon cœur est endurci; Hélas ! et s'il se peut, fais-le moi croire aussi. Tu veux que je le fuie. Eh bien, rien ne m'arrête Allons, n'envions plus son indigne conquête.

due sur lui sa captive étende son pouvoir.

Fuyons. Mais si l'ingrat rentrait dans son devoir; Si la foi, dans son cœur, retrouvait quelque place ; S'il venait, à mes pieds, me demander sa grâce ; Si sous mes lois, amour, ta pouvais l'engager ; S'il voulait.... Mais l'ingtat ne veut que m'outrager. Demeurons, toutefois,, pour troubler leur fortune Prenons quelque plaisir, â leur être importune ; Ou, le forçant de rompre un nœud si solennel, Aux yeux de tous les Grecs rendons-le criminel» J'ai déjà sur le fils attiré leur colère.

Je veux qu'on vienne encore lui demander la mère. Rendons-lui les tourmens qu'elle me fait souffhr ; Clu'elte Le perde, ou bien qu'il la fasse périr

CLfiONE.

Vous pensez que des yeux toujours ouve:i(ts aux larmes Se plaisent à troubler le pouvoir de vos charmes 1 Ex qutHD cœur accablé de tant de déplaisirs Ds son persécuteur ait brigué les soupirs^ Vovex SI» sa> douleur en parait soulagé«k.

110 ▲«DROMAatTE,

Pourquoi donc les chagrins où son âme est plongée 1 Contre un amant qai plaît pourqnoi tant de fierté 1

HERIOONE.

•i Hélas ! pour mon malheur, je Tai trop écouté;

^ Je n'ai point du silence afiecté le mystère.

^t Je croyais, sans péril, pouvoir être sincère ;

j| Et, sans armer mes yeux d'un moment de rigueur,

Il Je n'ai, pour lui parler, consulté que mon cœur.

.! Et qui ne se serait conune moi déclarée

«. 8ur la foi d'une amour si saintement jurée 1

^ Me voyait-il de l'œil qu'il me voit aujourd'hui 1

5 Tu t'en souviens encor, tout conspirait pour lui

; Ma famille vengée et les Grecs dons la joie,

^ Nos vaisseaux tout chargés des dépouilles de Tro:e, Les exploits de son père effacés par les siens, Ses feux que je croytiis plus ardens que les miens,

j Mon cœur, toi-même enfin de sa gloire éblouie:

^ Avant qu'il me trahit, vous m'avez tous trahie.

] Mais c'en est trop, Cléone ; et, quel que soit Pyrrhus,

j Hermione est sensible, Oreste a des vertus :

I II sait aimer, du moins, et même sans qu'on l'aime *

; Et peut-être il saura se faire aimer lui-même.

; Allons. GLu'il vienne enfin.

* CLÉOKE.

Madame, le voici.

^ HERMIONE

Ah ! je ne croyais pas qu'il fût si près d'ici.

TRAOâDDB. m

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