‹ Œuvres choisies de Jean RacineChapitre 5 sur 159 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

i ATAUDE, ZAÏRE.

ATALIOB.

Zaïre, c'en est fait, Atalide est perdue.

ZÀÏRJB.

Vousl

▲TAUDE.

Je prévois déjà tout ce qu*il faut prévoir.

Mon unique espérance est dans mon désespoir.

ZAÏRE

Mais, Madame, pourquoi t

ATAUI».

Si tu venais dVntendre Gluel funeste dessein Roxane viènc de prendre; Gluelles conditions elle veut imposer !

Bajazet doit périr, dit-elle, ou Tépouser. S'il se rend, que deviens-je en ce malheur extrèmt Et, s'il ne se rend pas, que devient-il lui-mâi^e 1

ZAÏRE

Je conçois ce malheur. Mais, à ne point mentir, Votre amour, dès loug-temps, a dû le pressentir.

ATALinC.

Ah, Zaïre ! Tamour a-t-il tant de prudence 1 Tout semblait avec nous être d'intelligence.

Roxane, se livrant tout entière à ma fol, Du cœur de Bajazet se i^eposait sur moi ; M'abar donnait le soin de tout ce qui le touche, Le voyait par mes yeux, lui parlait par ma bouche ;

IHAOÉCIB. 9]

Fit je croyais toucher au bienheureux moment Où j*allais, par ses mains, couronner mon amant. IjC Ciel s'est déclaré contre mon artifice.

Et, que fallait-il donc, Zaïre, que je fisse 1 A Terreur de Roxane ai-je dû m*opposer, Ft perdre mon amant pour la désabuser 1 Avant que dans son cœur cette amour fiit formée, J'aimais, et je pouvais m'assurer d'ôtre aimée. Dès nos plus jeunes ans, tu t'en souviens assez, L'amour serra nos nœuds par le sang commencés. Elevée avec lui dans le sein de sa mère.

J'appris à distinguer Bajazet de son frère ; Elle-même, avec joie, unit nos volontés :

Et, quoiqu'après sa mort l'un de l'autre écartés, Conservant, sans nous voir, le désir de nous plaire Nous avons su toujours nous aimer et nous taire ; Roxane qui depuis, loin de s'en défier, A ses desseins secrets voulut m'associér.

Ne put voir, sans amour, ce héros trop aimable* Elle courut lai tendre une main favorable.

Bajazet, étonné, rendit grâce à ses soins, Lui rendit des respects. Pouvait-il faire moins ! Mais qu'aisément l'amour croit tout ce qu'il souhaita' >e ses moindres respects Roxane satisfaite, Nous engagea tous deux, par sa facilité, A la laisser jouir de sa crédulité.

Zaïre, il faut pourtant avouer ma faiblesse.

D'un mouvement jaloux je ne fus pas maîtresse. Ma rivale, accablant mon amant de bienfaits, Opposait un empire à mes faibles attraits; Mille soins la rendaient présente à sa mémoire ;

98 BAMur,

Elle rentretensit de sa prochaine gloiit :

Et moi, je ne pais rien. Mon cœar, pour tout dJacoars»

N'avait que des soupirs qu'il répétait toujours.

Le Ciel seul sait combien j'en ai versé de lannes.

Mais enfin, Bajazet dissipa mes alarmes:

Je condamnai mes pleurs, et, josques atgourdlnii,

Je Tai pressé de feindre et j'ai parlé pour lui

Hélas, tout est fini ! Roxane, méprisée,

Bientôt de son erreur sera désabusée.

Car, enfin, Bajazet ne sait point se cacher;

Je connais sa vertu prompte à s'efiaroucher.

Il faut qu'à tous momens, tremblante et secourable,

Je donne à ses discours un sens plus favorable.

Bajazet va se perdre. Ahl si, comme autrefois,

Ma rivale eût voulu lui parler par ma voix!

Au moins si j'avais pu préparer son visage I

Mais, Zaïre, je puis l'attendre à son passage.

D'un mot ou d'un regard je puis le secourir.

Glu'il l'épouse, en un mot, plutôt que de périr.

Si Roxane le veut, sans doute il faut qu'il meure !

n se perdra, te dis-je..... Atalide, demeure.

Laisse, sans t'alarmer, ton amant sur sa foi.

Penses-tu mériter qu'on se perde pour toil

Peut-être Bajazet, secondant ton envie,

Plus que tu ne voudras, aura soin de sa vie.

ZAÏRE

Ah! dans quels soins, Madame, allez-vous vous plongcri Toujours avant le temps faut-il vous affliger 1 Vous n'en pouvez douter, Bajazet vous adore.

Suspendez ou cachez l'ennui qui vous dévore.

N'allez point par vos pleurs déclarer vos amours.

La main qui l'a sauvé le sauvera toujours, Pourvu qu'entretenue en son erreur fatale, Roxane, jusqu'au bout, ignore sa rivale.

Venez en d'autres lieux enfermer vos regrets. Et de leur entrevue attendre le succès.

ATILIDE.

Eh bien, Zaïre, allons Et toi, si ta justice

De deux jeunes amans veut punir l'artiUce, O Ciel I si notre amour est condamné de toi, Je suis la plus coupable, épuise tout surmoi!

mr ru premuer acti.

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