‹ Œuvres choisies de Jean RacineChapitre 50 sur 159 · ORESTE, PYLADE · texte numérisé non relu

ORESTE, PYLADE

^ PTLADE.

C; Modérez doDc, Seûniear, cette foreur extrême.

£^ Je ne vous connais plus. Vous n*ètes plus Tons-mèmei

<^ Souffrez....

Non, tes conseils ne sont plus de saison, ^- Pylade ; je suis las d'écouter la raison.

C'est traîner trop long-temps ma vie et mon supplice. r;; Il faut que je Venlève, ou bien que je périsse.

^ Le dessein en est pris, je le veux achever.

r: Oui, je le veux.

PTLIDE.

Eh bien, il la faut enlever, * J'y consens. Mais songez cependant où vous êtes, due croira-t-on de vous, à voir ce que voils faites 1 Dissimulez. Calmez ce transport inquiet.

* Commandez à vos yeux de garder le secret.

Ces gardes, cette cour, l'air qui nous environne Tout dépend de Pyrrhus, et surtont d'Hermione. A ses I égards surtout cachez votre courroux. O Dieux ! En cet état pourquoi la cherchiez-vous 1

OREfiTE.

due sais-je 1 De moi-même étais-je alors le maître 1

La fureur m'emportait, et je v^ais peut-être

Menacer à la fois l'ingrate et son amant. ^^

FITLADE. ^

Et quel était le fruit de cet emportement 1 g^

OR&STE. 2

Et quelle âme, dis-moi, ne serait éperdue

Du coup dont ma raison Tient d'être confondue 1

Il épouse, dit-il, Hermione demain. ^

Il veut, pour m'honorer, la tenir de ma main. ^^

Ah ! plutôt cette main dans le sang du barbare !... :^

PTLADE. • *f^

Vous l'accusez. Seigneur, de ce destin bizarre ;

Cependatot, tourmenté de ses propres desseins,

Il est peut-être à plaindre autant que je vous plains. j^^

Non, non, je le connais, mon désespoir le flatte. ^^

Sans moi, sans mon amour, il dédaignait l'ingrate. ^

Ses charmes Jusque-là n'avaient pu le toucher. /O

Le cruel ne la prend que pour me l'arracher. ^

Ah, Dieux ! C'en était fait : Hermione gagnée ^i^

Pour jaCnais de sa vue allait être éloignée.

Son cœur, entre l'amour et le dépit confus,

Pour se donner à moi n'attendait qu'un refus.

Ses yeux s'ouvraient, Pylade. Elle écoutait Oreste,

Lui parlait, le plaignait. Un mot eût fait le reste.

PYLADB.

Vous le croyez.

Ek quoi ! Ce courroux enflammé

t34 INDaOMiaUK,

Contre un ingrat....

PTLAD2.

Jamais il ne fut plus aimé.

c; Pensez-vous, quand Pyrrhus vous Taurait accordée,

^ Gtu'un prétexte tout prêt ne Feût point retardée 1

^•* M'en crolrez-vous t Lassé de ses trompeuis attraits,

^ Au lieu de Tenlever, fuyez-la pour jamais.

CZ Uuoi ! votre amour se veut charger d'une furici

^ Oluî vous détestera, qui, toute votre vie,

,^ Regrettant un hymen tout prôt à s'achever,

«a Voudra...

^ • C'est pour cela que je veux l'enlever.

^ Tout lui rirait, Pylade ; et moi, pour mon partage,

^ Je n'emporterais donc qu'une inutile rage 1

J'irais loin d'elle encor tâcher de l'oublier 1 ^

^;| Non, non, a mes tourmens je veux l'associer.

^ C'est trop gémir tout seul. Je suis las qu'on me plaigne.

i;;^ Je prétends qu'à mon tour rmhumame me craigne,

^ • Et que ses yeux cruels, à pleurer condamnés,

C ^^e rendent tous les noms que je leur ai donnés.

PTLIDE.

Yoilà donc le succès qu'aura votre ambassade 1 Oreste, ravisseur l ^

Et qu'importe, Pylade !

Uuand nos états vengés jouiront de mes soins. L'ingrate de mes pleurs jouira-t-elle moins 1 Et que me servira, que la Grèce m'admire, Tandis que je serai la fable de l'Epire 1 due veux-tu 1 Mais s'il faut ne te rien déguiser.

TBAOfimB. 1S5

Mon innocence enfin commence à me peser. Je ne sais, de tout temps, quelle injuste puissance Laisse le crime en paix et poursuit l'innocence.

De Quelque part sur moi que je tourne les yeux, /<7

Je ne vois que malheurs qui condamnent les Dieux. isi

Méritons leur courroux, justifions leur haine, ^

Et que le fruifdu crime en précède la peine. '^

Mais toi, par quelle erreur veux-tu toujours sur tS 30

Détourner un courroux qui ne cherche que moi % «^

Assez et trop long-temps mon amitié t'accable. ,^

Evite un malheureux, abandonne un coupable «âC

Cher Pylade, crois-moi, ta pitié te séduit. *^

Laisse-moi des périls dont j'attends tout le fruit. J^ Porte aux Grecs cet enfant que Pyrrhus m'abandonne Va-t-en.

PTLADE.

Allons, Seigneur, enlevons Hemuone.

Au travers des périls un grand cœur se fait jour, due ne peut l'amitié conduire par l'amour 1 Allons de tous vos Grecs encourager le zôle.

Nos vaisseaux sont tout prêts, et le vent nous appelle. Je sais de ce palais tous les détours obscurs : Vous voyez que la mer en vient battre les murs; Et cette nuit, sans peine, une secrète voie Jusqu'en votre vaisseau conduira votre proie.

J*abuse, cher ami, de ton trop d'amitié ; Mais pardonne à des maux dont toi seul as pitié. Excuse un malheureux qui perd tout ce qu'il aune, Gtne tout le monde hait, et qui se hait lui-même, due ne puis-je, à mon tour, dans un sort plus heureux l.« 11*

190 ANmoMAOïm,

PTLinB.

Dlsslmiilez, Seigneur; c'est tout ce que je veux.

Gardez qu'avant le coup votre dessein n'éclaîe; <^ Oubliez jusque-là qu'Hermione est ingrate

t, Oubliez votre amour. Elle vient, je la voL

^ Va-t-en. Réponds-moi d'elle, et je réponds de moi.

Ifk..

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