‹ Œuvres choisies de Jean RacineChapitre 59 sur 159 · CÉPHISE. . S · texte numérisé non relu

CÉPHISE. . S

Ah I je n'eu doute point ; c'est votre époux, Madame, 1 w

C'est Hector qui produit ce miracle en votre âme. • ^

Il veut que Troie encor se puisse relever, ' S

Avec cet heureux fils qu'il vous fait conserver.

Pyrrhus vous l'a promis. Vous venez de l'entendre, ; ^

Madame; ii n'attendait qu'un mot pour vous le rendre.

Croyez-en ses transports : père, sceptre, alliés, IT

Content de votre cœur, il met tout à vos pieds ; ^

Sur lui, sur tout son peuple il vous rend souveraine. : cS

Est-ce là ce vainqueur digne de tant de haine 1 .' ^

Déjà contre les Grecs plein d'un noble courroux, ^

Le soin de votre fils le touche autant que vous ;

Il prévient leur fureur ; il lui laisse sa garde;

Pour ne pas l'exposer, lui-même il se hasarde.

Mais tout s'apprête au temple ; et vous avez promis....

ANDROMAaUE.

Oui, je m'y trouverai Mais allons voir mon fils.

cÉpmsE.

Madame, qui vous presse 1 1l suffit que sa vue

■i wi i n

140 ANDBOMAaUK,

Désormais à vos yeux ne soit plus défendae.

Vous lui pourrez bientôt prodiguer vos bontés,

Et vos embrassemens ne seront plus comptés.

iZZ Cluel plaisir d'élever un enfant qu'on voit croître.

21' Non plus comme im esclave élevé pour son maître

Mais pour voir avec lui renaître tant de rois !

ANDROMAQUE

Céphise, allons le voir pour la dernière fois.

C£PHUUS.

Que dites- vous î O Dieu!

ANDROMAQUE

O, ma chère Céphise, Ce n'est point avec toi que mon cœur se déguise ! Ta foi dans mon malheur s'est montrée à mes yeux : Mais j'ai cru qu'à mon tour tu me connaissais mieu/ i-^^>»;ii Cluoi donc, as-tu pensé qu'Andromaque, infidèle.

^•"- Pût trahir un époux qui croit revivre en elle ;

Z:s»» * Et que, de tant de morts réveillant la douleur,

tz^. Le soin de mon repos me fît troubler le leurî

^nfi; Est-ce là cette ardeur tant promise à sa cendre?

i^2i Msiis son fils périssait, il Ta fallu défendre.

I^«:: Pyrrhus, en m'épousant, s'en déclare l'appui *

^Zb lî sufiit. Je yeux bien m'en reposer sur lui.

^r» Je sais quel est Pjrrrhus. Violent, mais sincère,

^^^ Céphise, il fera plus qu'il n'a promis de faire.

:ir' Sur le courroux des Grecs je m'en repose enoor :

'"■'"" Leur haine va donner un père au fils d'Hector.

Je vais donc, puisqu'il faut que je me sacrifie, Ausurer à Pyrrhus le reste de ma vie.

Je vais, en recevant sa foi sur les autels.

L'engager à mon fils par des nœuds immortels.

TBLÂGÉVm. ïi\

Mais aussitôt ma main, à mai seule ftmeste, D'une infidèle vie abrégera le reste ; Et, sauvant ma vertu, rendra ce que je doi

A Pyrrhus, à mon fils, à mon époux, à moi. /7

Voilà de mou amour l'innocent stratagème, ^

Voilà ce qu'un époux m'a commandé lui-môme ; tC

J'irai seule rejoindre Hector et mes aïeux. 3

Céphiâe, c'é&t à toi de me fermer les yeux.

câpmsB. '^

Ah ! ne prétendez pas que je puisse survivre.... ^

ANDROMAQUE

Non, non, je te défends, Céphise, de me suivre. p

Je confie à tes soins mon unique trésor : ^

Si tu vivais pour moi, vis pour le fils d'Hector. J>

De l'espoir des Troîens seule dépositaire, ^

Songe à combien de rois tu deviens nécessaire.

Veille auprès de Pyrrhus. Fais-lui garder sa foi. ^

S'il le faut, je consens qu'on lui parle de moi.

Fais-lui valoir rh3rmen où je me suis rangée ; '^

Dis-lui qu'avant ma mort je lui fus engagée ; ;^

due ses ressentimens doivent être efiacés; ^

du'en lui laissant mon fils, c'est l'estimer assez. wJ

Fais connaître à mon fils les héros de sa race ; ^

Autant que tu pourras, conduis-le sur leur trace.

Dis-lui par quels exploits leurs noms ont éclaté ;

Plutôt ce qu'ils ont &it, que ce qu'ils ont été. «^

Parle-lui tous les jours des vertus de son père, [;^

Et quelquefois aussi parle-lui de sa mère.

Mais qu'il ne songe ]kn.s, Céphise, à nous venger;

Nous lui laissons un maître, il le doit ménager.

Glu'il ait de ses aïeux un souvenir modeste:

Killk • •H

142 ANDROMAQUS,

Il est dn sang d'Hector, mais il en est le reste; Et pour ce reste, enfin, j'ai moi-même, en nn jour, Sacrifié mon sang, ma haine et mon amour.

«..<*» CliPHlBE.

bj:! Hélas !

^J^ AKVtiOUAQjaE.

c:;^^ Ne me suis poifit, si ton cœur en alarmes

rgj Prévoit qu'il ne pourra commander à tes larmes.*

On vient. Cache tes pleurs, Céphise ; et souviens-toi (otue le sort d'Andr(»naque est commis à ta foi. C'est Hermione. Allons, fuyons sa violence.

S:: SCÈNE n.

HERMIONE, CLEONE.

cl£one.

r^^ Non, je ne puis assez admirer ce silence.

JT'" Vous vous taisez, Madame, et ce cruel mépris

dï N*a pas du moindre trouble agité vos esprits !

i;;::;* Vous soutenez en paix une si rude attaque,

*>'^|' Vous qu'on voyait frémir au seul nom d' Andromaque î

Vous qui, sans désespoir, ne pouviez endurer due Pyrrhus d'un regard la voulût honorer 1 Il l'épouse, il lui dcmne, avec son diadème, La foi que vous venez de recevoir vous-même, Et votre bouche encor, muette à tant d'ennui, N'a pas daigné s'ouvrir pour se plaindre de lui. Ah ! que je crains. Madame, un calme si funeste I Et qu'il vaudrait bien mieux....

mafioiB. 143

HBBMIONB.

Fais-tu yenir Oreste î cl€one.

n vient, Madame, il vient ; et vous pouvez juger due bientôt à vos pieds il allait se ranger, 2

Prêt à servir toujours sans espoir de salaire. ^

Vos yeux ne sont que trop assurés de lui plaire ^

Mais il entre. |C^

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