‹ Œuvres choisies de Jean RacineChapitre 97 sur 159 · AGAMEMNON, ACHILLE · texte numérisé non relu

AGAMEMNON, ACHILLE

ACmLLE.

Un bruit assez étrange est venu jusqu'à moi, Seigneur ; je l'ai jugé trop peu digne de foi. On dit, et sans horreur je ne puis le redire, Ctu'aujourd'hui, par votre ordre, Iphigénie expire; due vous-même, étouffant tout sentiment humain, Vous l'allez à Calchas livrer de votre mam.

On dit que, sons mon nom à l'autel appelée,

Je ne l'y conduisais que pour être immolée ;

Et que, d'un faux hymen nous abusant tous deux,

Vous vouliez me charger d'un emploi si honteux.

Glu'en dites- vous, Seigneur? due faut-il que j'en pensel

Ne ferez- vous pas taire un bruit qui vous ofiense 1

AGAMEMNON

Seigneur, je ne rends point compte de mes desseins. Ma allé ignore encor mes ordres souverains; Et, quand il sera temps qu'elle en soit informée. Vous apprendrez son sort, j'en instruirai l'armée.

Ah ! je sais trop le sort que vous lui réservez.

AOAMEIANON.

Poutryioi le demander, puisque vous le savez 1

ACmLLE.

Pourquoi je le demande 1 O Ciel ! le puis-je croire, Glu'on ose des fureurs avouer la plus noire ! Vous pensez qu'approuvant vos desseins odieux. Je vous laisse immoler votre fille à mes yeux 1 due ma foi, mon amour, mon honneur y consente 1

AOAMEMNON.

Mais VOUS, qui me parlez d'une voix menaçante, Oubliez-vous ici qui vous interrogez t

Oubliez-vous qui j'aime, et qui vous outragez 1

AGAMEUNON.

Et qui vous a chargé du soin de ma famille 1 Ne pourrai-je, sans vous, disposer de ma fille 7 Ne suis-je plus son père 1 Etes-vous son époux 1 Et ne peut-elle....

S36 IPHIGÊNIB,

ACHILLE

Non, elle n'est plus à vous.

On ne m'abuse point par des promesses vaines. Tant qu'on reste de sang coulera dans mes veines^ Vous deviez à mon soit unir tous ses momens, Je défendrai mes droits fondés sur vos sermens ; Et n'est-ce pa.s pour moi que vous l'avez tnandée 1

AOAMEMNON.

Plaignez-vous donc aux dieux qui me l'ont demandée ; Accusez et Calchas» et le camp tout entier, Ulysse, Mcnélas, et vous tout le premier.

ACmLLE.

Moi!

AGABSEMNON.

Vous, qui, de l'Asie embrassant la conquête) Ctuerellez tous les Jours le Ciel qui vous arrête ; Vous, qui, vous offensant de mes justes terreurs, Avez dans tout le camp répandu vos fureurs.

Mon cœur, pour la sauver, vous ouvrait une voie ; Mais vous ne demandez, vous ne cherchez que Troie Je vous fermais le champ où vous vouliez courir. Vous le voulez, partez, sa mort va vous l'ouvrir.

ACmLLE.

Juste Ciel ! puis-je entendre et souârir ce langage ! £ât-ce amsi qu'au parjure on'ajoute l'outrage ! Moi, je voulais partir aux dépens de ses jours % Et que m'a fait, à moi, cette Troie où je cours ? Au pied de ses remparts quel intérêt m'appelle 1 Pour qui, sourd à la voix d'une mère immortelle. Et d'un père éperdu négligeant les avis, Vais-je y chercher la mort tant prédite à leur filsl

; .mais vaisseaux partis des rives da Scamandre, A.UX champs thessaliens osèrent-ils descendre 1 Ec jamais dans Larisse un lâche ravisseur Me vint-il enlever ou ma femme ou ma sœur 1 Glu'ai-je à me plaindre? Où sont les pertes que j'ai faitesl Je n'y vais que pour vous, barbare que vous êtes ; Pour vous, à qui des Grecs, moi seul je ne dois rien; Vous, que j'ai fait nommer et leur chef et le mien ; Vous, que mon bras vengeait dans Lesbos enflammée, Avant que vous eussiez assemblé votre armée.

Et quel fut le desesein qui nous assembla tous 1 Ne courons-nous pas rendre Hélène à son époux 1 Depuis quand pense-t-on qu'inutile à moi-même. Je me laisse ravir une épouse que j'aime 1 Seul, d'un honteux affront votre frère blessé, A-t-il droit de venger son amour offensé 1 Votre fille me plut, je prétendis lui plaire : Elle est de mes sermens seule dépositaire.

Content de son hymen, vaisseaux, armes, soldats, Ma foi lui promit tout, et rien à Ménélas.

Glu'il poursuive, s'il veut, son épouse enlevée ; Glu'il cherche une victoire à mon sang réservée: Je ne connais Priam, Hélène, ni Paris.

Je voulais votre fille, et ne pars qu'à ce prix.

AGAMEMNON

Fuyez donc. Retournez dans votre Thessalie.

Moi-même je vous rends le serment qui vous lie- Assez d'autres viendront, à mes ordres soumis, Se couvrir des lauriers qui vous furent promis ; Et, par d'heurçux exploits, forçant la destinée, Tn;tivoiom d'Ilion la fiUa le journée.

S36 IPBIGÉKIE,

J'entrevois vos mépris, et juge, à vos discours, Combien j'achèterais vos superbes secours. .

De la Grèce déjà vous vous rendez Tarbitre ; Ses rois, à vous ouïr, m'ont paré d'un vain titre. Fier de votre valeur, tout, si je vous en crois, Doit marcher, doit fléchir, doit trembler sous vos lois. Un bienfait reproché tmt toujours lieu d'offense. Je veux moins de valeur et plus d'obéissance. Fuyez. Je ne crains point votre impuissant courroux , Et je romps tous les nœuds qui m'attachent à vous.

ACHILLE

Rendez grâce au seul nœud qui relient ma colère. D'Iphigénie encor je respecte le père.

Peut-être, sans ce nom, le chef de tant de rois M'aurait osé braver pour la dernière fois.

Je ne dis plus qu'un mot, c'est à vous de m'entendra: J'ai votre fille ensemble et ma gloire à défendre. Pour aller jusqu'au cœur que vous voulez percer, Voilà par quel chemin vos coups doivent passer.

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