ACTE TROISIÈME
tion de sentiments, ce détachement des petits intérêts qui ont les Richelieu et les Colbert1).
POIRIER
Oh ! je ne prétends pas . . .
GASTON"
Mais qu'est-ce qui pourrait donc bien lui convenir, à ce bon monsieur Poirier ? Une préfecture ? fi donc ! Le conseil d'Etat? non! Un poste diplomatique ? justement l'ambassade de Constantinople est vacante . . .
POIRIER
J'ai des goûts sédentaires : je n'entends pas le turc.
GASTON
Attendez ! (Lui frappant sur l'épaule.) Je crois que la pairie vous irait comme un gant.
POIRIER
Oh ! croyez-vous ?
Mais, voilà le diable ! vous ne faites partie d'aucune catégorie . . . vous n'êtes pas encore de l'Institut . . .
POIRIER
Soyez donc tranquille ! je payerai, quand il le faudra, trois mille francs de contributions directes 2). J'ai à la banque trois millions qui n'attendent qu'un mot de vous pour s'abattre sur de bonnes terres.
GASTON
Ah ! Machiavel! Sixte-Quint3)! vous les roulerez tous !
POIRIER
Je crois que oui.
sédentaires = huiselijk
*) Richelieu, ministre de Lonis XIII ; Colbert, ministre de Louis XIV.
2) Condition sans laquelle on ne pouvait devenir pair de France.
3) Machiavel, historien italien, célèbre par son astuce. Sixte-Quint, pape de 15S5 — 1590, célèbre par son énergie.
GASTON
Mais j'aime à penser que votre ambition ne s'arrête pas en si bon chemin ? Il vous faut un titre.
POIRIER
Oh ! je ne tiens pas à ces hochets de la vanité : je suis, comme je vous le disais, un vieux libéral.
Raison de plus. Un libéral n'est tenu de mépriser que l'ancienne noblesse ; mais la nouvelle, celle qui n'a pas d'aïeux. ..
POIRIER
Celle qu'on ne doit qu'à soi-même !
GASTON
Vous serez comte.
POIRIER
Xon. Il faut être raisonnable. Baron, seulement.
GASTON
Le baron Poirier ! . . . cela sonne bien à l'oreille.
POIRIER
Oui, le baron Poirier !
gaston, le regardant et partant d'un éclat de rire. Je vous demande pardon ; mais là, vrai ! c'est trop drôle ! Baron ! monsieur Poirier ! . . . baron de Catillard *)! poirier, à part.
Je suis joué ! . . .