DE LA
Grand différend entre VOrdrc et la république Cassiêbi. de Venise, au sujet de la prise, que Font les che- '^^ valiers, d'un vaisseau chargé de riches marchan-» dises, pour le compte de quelqtkes Juifs»
Autre différend entpe plusieurs commandeurs de la langue de Provence, au sujet du grandprieuré de Toulouse ; Romegas e^t fait général des galères.
A loccasion des bruits, qui couroient, d'une 1576. prompte irruption que dévoient faire les Turcs dans Tisle de Malte , on reproche au Grand -Maître et au Conseil, que, sous prétexte que le roi d'Espagne avoit autant d'intérêt qu'eux-mêmes à la conservation de cette isle, ils demeuroient dans une ijfiaction qui ne pouvmt qu'être préjudiciable à la religion.
Frère Jean-Georges de Schomborn est nomnaé, par le Conseil , pour remédier aux abus qui s e-* toient introduits dans les commanderies d'Aile^ magne, par la mauvaise administration des re^ ceveurs particuliers.
Le chevalier Mendose, encore novice, arrive à Malte 'avec un Bref du Pape , qui ordonne qu'aussitôt qu'il aura £stit ses voeux, il prenne la {grande croix avec le titre de Turcopolier, affecté à la langue d'Angleterre : ce qui cause un mécontentement général dans le couvent, qui envoyé des ambassadeurs, au Pape, pour faire révoquer le Bref , accordé à un jeune homme sans
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expérience , et qui ailoit devenir un des huit pi- OB LA liers ou chefs de tout TOrdre.
CAMiàBB. L'affaire des Juifs de Venise se renouvelle. Le sénat, par représailles, fait mettre en séquestre tous les hiens que la religion avoit dans les État» de la République. Le Grand-Maitre envoyé , à ce sujet , un ambassadeur à Rome , pour représenter, au Pape, que ces Juifs n étant point sujets de la République , il étoit d'usage , et permis par toutes les lois, de saisir la rol)e de lennemi, quoique portée sur un vaisseau ami, comme des effets de contrebande. Cette affaire se termina à la satisfaction du sénat ; les chevaliers furent obligés de restituer le butin qu'ils avoient pris^ aux juife Levantins ; et le sénat leva le séquestre. 1577. Le chevalier Correa, Portugais, est assassiné, dans sa maison , par six autres chevaliers de la même nation, qui, à la faveur de fausses barbes, setoient introduits dans son appartement; ils sont arrêtés ; et, après qu'on leur a (ait leur procès, le juge séculier les condamne à être jettes dans la mer, enfermés dans un sac.
Les corsaires d'Alger enlèvent la galère de Saint-Paul, qui appartenoit à l'Ordre.
Il y avoit, dans la Maison d'Autriche, de la branche d'Allemagne , un jeune prince , appelle l'archiduc Venceslas , qui prit la croix et I habit de ch< vaiier de Malte. Le Pape, à la prière du roi d'Espagne, lui donna un Bref, du 10 mars 1677, par forme de grâce expectative, pour
pouvoir jouir , après la mort des titulaires, de la
di(jnité de grand -croix, et des prieurés de Cas- del\ tille, de Léon, et du bailliage, de Lora: ce que ^*"^»le Grand-Maitre et le Conseil, en considération ' de la protection que la religion recevoit du roi d'E^agne, se virent obligés de passer, après que le prince Allemand eût fait ses vœux.
La France fit, en ce tems-là, un autre préjudice aux droits d ancienneté et aux privilèges de la religion. Le Conseil de Henry 111, iiyant rendu UQ arrêt qui autorisoit le roi à nommer quelques-uns de ses sujets au grand-prieuré d'Auvergne, ce prince écrivit au Grand -Maître, pour obtenir, en faveur de François de Lorraine, frère de la reine , les trois grands-prieurés de France , de Saint-Gilles et de Champagne.
L'Ordre eut ensuite à essuyer une autre bourasque du côté d'Allemagne, où, dans une diète, on agita, sli ne seroit pas à propos d obliger les chevaliers de Malte Allemands de s unir, avec leurs commahderies, à l'Ordre Teutonique, pour le rendre plus puissant, et plus en état de se porter en Hongrie, pour faire la guerre aux infidèles. Ce qui n'eut point d'effet par l'adresse et Thabi- Icté du commandeur Scaglia^ Piémontois, et ambassadeur de lOrdre à la diète.
Ije grand-duc de Toscane, avec la permission 1577. du Grand- Maître , envoyé à Constantinople, en ({ualilé d'ambcissadeur , le cbevalier Bongianni Glantigliazzi. Dan$ une. conversation particulière, le Grand-Seigneur, montrant un plan de la
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, Cité de la Valette à cet ambassadeur, lui demaa- M LA da si ce plao étoit fidèle, et si la place étoit aussi Gassiési. fortifiée qu elle paroissoit : « Seigneur , lui rc- « pondit le chevalier, celui qui a levé ce plan , a « oublié la principale part|e de ses fortifications, « qui consiste dans le courage et la valeur de «plus de mille chevaliers, toujours prêts à réi( pandre jusqu a la dernière goutte de leur sang *( pour la défense de cette place ».
1578. Troubles dans la religion , causés par huit chevaliers Castillans , qui se plaignoient du Grand- Maître et du Conseil , comme leur ayant fait grand tort et à toute leur langue, par le consentement qu'ils a voient donné à la disposition que le Pape et le roi d'Espagne avoient faite des prieurés de Castille et de Léon , et du bailliage de Lora , en faveur de Varchiduc Venceslas. Les mécontens étoient poussés secrettement par plusieurs grands -croix qui fomentoient la sédition. I^e Grand-Matire a recours au Pape, qui fait citer ces mutins à comparottre devant lui ; ils reconnoissent leur faute; et, sous prétexte quêtant sans commanderies, sans patrimoine et sans argent ils ne pouvoient pas entreprendre un pareil voyage, le Grand -Mattre en obtint la dispen^ du Pape : mais ils furent o)>ligés de se présenter, devant lui, en plein Conseil, chacun un c^rge a la main , pour lui faire , et à tout k Conseil , réparation , et lui demander pardon : ce qu ils obtinrent après une sévère réprimande que leur fit la Cassière,
DES CHETÂLIEnS DE MALTE. |!l3
Mort du grand-prieur de Bohême. Le» cmpe- -^— reurs setoient mis comme en possession dy dbla nommer; et l'Ordre, depuis long^tema, réjouis» CàMiàai. soit, ni de la dépouille des morts, ni du mor-* tuaire, ni du vacant. Le Grand-Mattre et le Conseil nomment le bailli de Schomborn pour ambassadeur à la Cour impériale ; ce chevalier s'abouche, dans Prague, avec frère Christophe de Yerdemberg, tout-puissant auprès de i empereur; et, pour l'intéresser à maintenir les droits de la religion , le bailli hii remit un acte et une bulle du Orànd-Maitre , qui le nomnioit grandprieur de Bohème: ce qui réussit suivant les vœux et les intentions du Grand-Mattre.
Dom Henry, roi de Portugal , fait part , au Grand-Maitre , de la mon du roi dom Sébastien,, son neveu, qui a voit été tué, le 22 septembre iSyS, à la bataille d'Alcacer, oit périrent aussi plusieurs commandeurs de l'Ordre de Sainte Jean; et, en même-tems, il lui donne avis de son élévation sur le trône. •
Frère Gargalla, évêque de Malte , et Cressiu, ,579. prieur de Féglise, tous deux d'un esprit inquiet, commencèrent à exciter la tempête qui s'éleva alors contre le Grand-^Maitre, leur bienfaiteur.-
Mort de Farchiduc Venceslas, grand-prieur de GastiUe et de Léon , suivie de celle de dom Juan d'Autriche , fils naturel de GharlleM^^int.
Frère Justinien , grand-prieur de Messine , est nommé à l'ambassade de Castille et de Portugal, pour faire les complimeps de condoléance sur
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la mort de tous ces princes, et, sur-tout, pour m LA S assurer des secoun» nécessaires pour résister aux ^^*^^'- Turcs, qui menaçoirnt Malte d'une nouvelle entreprise sur toute cette isle.
Levèque Gar|][alla, par de nouvelles entreprises sur lautorité du Grand-Mattre et du Conseil, prétend faira la visite juridique de Fhôpital de la Cité Notable. IjCS Administrateurs , qui ne reconnoissent que lautorité du Grand^Maitre et du Conseil , s y opposent ; Tévèque les excommunie: il est soutenu par le cleq^é qui se cottise pour les frais de cette démarche. La religion nomme frère Damientaiiata, Maltois, théologien de rOrdre de Saint-Dominique, pour dvfendre ses privilè{][es. IjCS magistrats des cites présentent une requête, ciu Grand-Mattre , pour se plaindre que les créatures et les amis de levèque sortoient, en armes, de son Palais, et maltraitoient les citoyens (|ui persistoient dans 1 oliéissance qu'ils dévoient à leur souverain. Le Grand-Mattre, pour arrêter ce désordre, établit, dans le Bourg, appelle la Cité Victorieuse, une garde de cinquante hommes.
Le Grand-Mattre fait part de ces mouvemens au Pape, auquel il envoyé, pour ambassadeur, frère Hugues de Loubenx de Verdalle; et, par ses instructions^ il le charge de demander, au souverain pontife, la confirmation des privilèges accordés , par ses prédécesseurs , à la religion, avec la permission, pour le prieur de Téf^lisc, sur le refus de 1 evèque , de conférer les Ordre»
mineurs aux jeunes clercs ou diacots. Le Pape
uomme larchevêque de Palerme pour connoîtrc de la de ces différends; mais ce prélat, étai^ arrivé à Cassièhe. Malte, trouve les esprits si aigris, quil renvoyé la connoissance de cette affaire au Saint-Siège; et 1 evêque se rend à Rome pour y défendre sa conduite.
Grande conjuration contre la vie de la Cas- i58o. sière , que trois familiars de Tinqu^isitioci avoient résolu d empoisonner : ils sont arrêtés y et ils char, gent, comme leurs complices, plusieurs chevaliers, même des grands-croix, et sur- tout le nommé Petrucci , inquisiteur à Malte. Des chevaliers^ des trois langues dltalie, d'Arragon et de Castille, entrent tumultuairement dans le Conseil, insultent le Grand-Maitre; et, sans respect pour sa dignité 9 le somment de déclarer quelle preuve il avoit qu'on eût conspiré contre sa vie. Quoique le vice-chancelier leur témoigna qu on n en avoit jamais parlé dans le Conseil , ils exigèrent que la religion envoyât trois ambassadeurs au Pape, qui furent frère Antoine de Villars, grand-prieur d'Auvergne, frère François Guiral, bailli de Négrepont, et frèr>e Antoine de Bologne, bailli de Saint -Etienne. Mais Bologne et Guiral , ne voulant point se mêler d une affaire si épineuse , se dispensèrent , sous prétexte d'infirmité, de faire ce voyage : ce qui ralentit la chaleur et lanimosité des plus emportés.
On cite, devant le Conseil de FOrdre, le bailli de Brandebourg, et plusieurs chevaliers du bail-
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lagc de Sonneberf]^ , qui , sans respect pour leur profession, a voient embrassé la reli^on luthérienne. «
Lemperêur prétend qu^il lui appartient de nommer au grand^prieuré, et aux commanderies du royaume de Bohème.
i58i. I^ Conseil , soutenu de la plus grande partie du couvent, se soulève contre la Cassière. Trois sujets difFôrens incitèrent cette sédition. Le premier, c est que ce Grand-Mattre avoit défendu, aux chevaliers des différentes lanfpies, de se partialiser en faveur de la nation, et des souverains dont ils étoient nés sujets : parce que les Espagnols, élevés, depuis Gharles<*Quint, à lombre de la puissance formidable de la Maison d*Autriche, vouloieot que rOrdre entier pliât sous cette puissance. La seconde cause fut que le Grand -Maître, par uo ban public, avoit chassé, du Bourg et de la Cité de la Valette , les filles et les femmes dont la conduite étoit de mauvais exemple; et qu*il les avoit forcées de sortir de Tisle , ou de se retirer dans des casais et des villages éloignés de la résidence du couvent. Le troisième sujet vint de Tambition de quelques grands-croix^ qui aspiroient à la grandennattrise , et qui, voyant que le Grand «Maître, quoique très-âgé, jouissoit d'une parfaite santé, et craignant de ne lui poU'* voir survivre, résolurent, par une déposition et une abdication forcée, de faire vaquer sa dignité.
lies langues de Castille et de Portugal, quel-
WiT^
ques-uos ajoutent celles d'Arragon et d'Âllema- — ^— gne, plusieurs chevaliers des trois langues de nw.hk France , qui avoieat à leur tête Mathurin de Cawi4be. TEscur, dit Romegas, s assemblent tumultueusement, et se plaignent que le Grand-Maitre, par ses différentes ordonnances, faisoit assez con^» noitre que son esprit étoit baissé ; qu'il avoit plus d attention à la conduite des femmes de Malte, qu aux entreprises des Turcs et des corsaires de Barbarie; qui! négUgeoit de remplir les magazins de Malte; que, dans les Conseils, il dormoit toujours; et quil ne sembloit veiller que pour tourmenter ses religieux; et, sur cela, ils lui envoyoient des députés pour lui proposer, eu égard à son incapacité dans le gouvernement^ de nommer un lieutenant. Sur son refus , le Gonsetl complet s'assemble chez frère Gressin , prieur de l'église, principal moteur de cette sédition; et on nomme, pour lieutenant dn magistère, Romegas, prieur de Toulouse et d'Irlande. Les chevaliers Espagnols , pour intéresser les langues de France, le préfèrent à d'autres de leur nation. Tel fut le résultat de cette assemblée séditieuse, qui aboutit à suspendre de l'autorité légitime un Grand-Maitre recommandable par sa sagesse , sa piété , et par sa valeur, pour mettre , en sa place, un chevalier dévoré d'ambition, brave à là vérité, et heureux dans ses courses; mais féroce, cruel à Tégard des ennemis , et qui ne méritoit c^ue la qualité d'un redoutable corsaire.
Outre Romegas» le chef muet de cette conju-
ration, el qui, en apparence, sembloit ne feire i>K Là que se prêter aux sentimens du plus grand nomc*Mièfts. ijpg ^^ chevalier», il y en avoit quatre autres qui agi.ssoient à découvert contre le Grand-Maître. IjC premier étoit Gressin, que la Cassière avoit fait prieur de 1 ej^lise. Ge malheureux parut le plus cruel ennemi de son bienfaiteur. Le second ctoit le bailli de Riwalte, qui, ayant manqué la {^rande-maitrise que Monté emporta à son préjudice, ne désespéroit pas dy parvenir, si la Gassière étoit déposé. Le troisième ëtoit Ducro, grand-croix; et le quatrième, créature de Romegas et son confident, étoit un Français, appelle le commandeur de Maillo-Sacqueuville. Gcs quatre chefs de la sédition n en demeurèrent pas là; et, pour pousser la révolte et loutrage encore plus loin , ils entrent , à la tète de leurs complices 'dans le Palais du Grand-Maitre, 1 arrêtent, en vertu dun décret du Gonseil; le mettent dans une chaise à découvert; lenvironnent de soldats, et le conduisent, comme un criminel, dans le château Saint«-Ange, où il fut retenu prisonnier; et on remarqua que, pendant le chemin de la Gité de la Valette au château , il eut à essuyer les cris et les outrages de plusieurs jeunes chevaliers, et de ces femmes perdues qui Tinsultèrent, et lui firent des reproches sanglans; mais qui, devant' des juges équitables, f'aisoient son éloge, et tournoient a sa gloire.
Les révoltés, qui vouloient faire approuver
DES ËHEVALtERS DE MALTE. 1 29
leur entreprise par le Pape , le premier supérieur deTôrdre, lui dépèchent trois ambassadeurs, à mtx la tète desquels Romegas fit nommer Sacquen- Camièih. ville, son confident. Le Grand -Mattre, quoique renfermé étroitement, trouva le moyen de faire passer, à Rome, quatre autres ambassadeurs, qui furent les chevaliers de Blot- Viviers, Pierre Roux de Beauvais, frère dom François de Guzman , et frère Ange Pellegrini.
Deux jours après, Ghabrillan, général des galères, rentre dans le port de Malte, à la tète des chevaliers qui s*étoient embarqués avec lui. Il n eut pas plutôt mis pied à terre , qu il demanda à voir le Grand-Mattre. Les révoltés n*osèrent le refuai^r: il entre' dans le château Saint-Ânge, et offre , au Grand-Mattre, de le rétablir dans son autorité , et de le reconduire dans son Palais à la tète de deux mille hommes , tant des troupes qull avoit sur ses galères, que d'un grand nombre de chevaliers, et des plus gens de bien de risie, qui détestoient la révolte des séditieux. Mais ce généreux vieillard lui répondit, avec beaucoup de sagesse, quil attendoit son rétablissement du souverain pontife, le premier supérieur de la religion ; et qu il aimeroit mieux finir ses jours dans une prison , que d'être causé que ses religieux , qu il regardoit toujours comme ses enfans, en vinssent aux mains à son sujet.
Les ambassadeurs des de^ partis arrivent à Rome : ceux des révoltés , pour disposer le Pape à consentir à la déposition du Grand «Mattre, le