SCÈNE VIII
FINTAC , GÉLICOUR.
CÉLICOUR.
Ah ! de grâce , achevez de me dire...
FINTAC.
Il m'enchante!
J'aime à voir la jeunesse active , impatiente ; Bien, bien: nous sommes seuls ; il faut en profiter : Mais, avant de l'ouvrir mou àme tout entière , J'ai voulu m'informer si, sur ton caractère, Sur ta discrétion, je pouvais bien compter.
CÉLICOUR.
Vous me feriez tort d'en douter.
FINTAC.
Cette crainte d'abord m'a semblé nécessaire. Je te connais, et t'adopter pour fils, Nous en étions...
CÉLICOUR.
Au futur h y menée De votre nièce.
COMÉDIE. a4i
FINTAC.
Allons , tu n'as pas quelqu'idée ?
CELICOUR , embarrasse.
Non...
FINTAC.
Pas la moindre ? Et l'Exergue...
CELICOUR , effraye.
Lui ! quoi ?..
FINTAC.
Depuis long-temps , je l'estime , je l'aime. CÉIICOU.R.
Mais il a soixante ans !
Tout au plus; c'est lui-même :
Cela vaut un jeune homme... il est frais comme moi. As-tu bien remarqué son maintien, sa science ? As-tu vu comme j'ai toute sa confiance ? Il sait ce que je vaux. Un savant comme lui Daigne vouloir Agathe! Ah '.c'est par complaisance. Ma nièce n'en sait rien. Il l'instruit aujourd'hui , Et dans huit jours,, je fais le mariage.
CELICOUR.
Dans huit jours ?
FINTAC.
Danshuit jours; que je suis enchanté!
Sois discret.
CELICOUR.
Oui.
FINTAC.
Je crois à ta sincérité ;
Mais le plaisir d'apprendre une chose agréable , Tira faire parler.
CÉLICOUR , impatiente.
Monsieur, ne craignez rien.
( A part. )
Oh ! ce supplice est incroyable.
FINTAC.
Je te dis tout ; vois si je t'aime bien.
CÉLICOUR , se levant.
Beaucoup.
FINTAC.
Tu sauras donc que dans cette journée... M'entends-tu, Célicour? ô hymen, hyménée! Il ûint l'apprendre un nœud que tu dois célébrer. LYpithalame , allons :... c'est à toi de le faire :
C'est un moyen de t'illustrer,
Et de convaincre l'antiquaire,
CÉLICOUR.
Moi?
FINTAC.
Point de modestie ; elle nuit au talent.
CÉLICOUR.
Je réussirai mal.
FINTAC.
Je suis sûr du contraire.
Refuser d'essayer, c'est un entêtement.
Agathe est jeune , assez jolie :
Avec de lame et du génie, On ne doit point tarir sur un pareil sujet... Tu ne dis rien! ma nièce te déplaît?
CELICOT'R , embarrasse.
Monsieur, en la voyant, tout le monde l'admire.
Tu dis ça faiblement : à l'égard du mari,
Quelle matière pour écrire !
Un cabinet divin , un médailler choisi. De plus, du grand Orphée il possède la lyre, Un des œufs de Léda , le thyrse de Bacchus; Cela vaut tout au moins cinquante mille écus.
CELICOUR, à part, la main sur les yeux.
Que je suis malheureux!
FINTAC , croyant qu'il rêve à l'c'pithalanie.
Bon! Apollon l'inspire.
Comme diable il a bien saisi!
Profite des instans. Cela m'échauffe aussi. Je veux , une heure ou deux , m'enfoncer dans l'étude. Il mord ses lèvres! Bien! oh! c est un métier rude. De la gaité ! Courage , mon ami !
Le sort n'est pas toujours rebelle.
C'est pour te rendre heureux que je t'appelle ici. Oui , oui , je te réserve une bonne nouvelle :
Ah! je me suis avisé d'un bon tour!
Tu verras... A tantôt... Adieu, mon Célicour.
( I! sort.)