SCÈNE II
LES PRÉCÉDENS , L'EXERGUE , en habit riche , à la Française , mais de mauvais goût ; une perruque à bourse , une épe'e , etc.
l'exergue.
Sous cet habit galant , j'ose à vos yeux paraître , Et j'ai voulu , par-là , vous donner à connaître Votre pouvoir sur moi. C'est pour vous tout exprès, Que , suivant , en ce jour, un trop moderne usage ,
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Je fais voir un savant , un sage , Adoptant, pour vous plaire, un habit tout français. Trop chère Agathe !... O ma déesse !
Qui sera juste et vous verra , A votre taille enchanteresse , Avec Horace , s'écriera...
AGATHE
Je n'entends point Horace , et je vous remercie.
LISETTE
Latin , français, et qu'importe cela?
Se servit-on , toute la vie , D'un jargon différent du sien ?
Une femme entend toujours bien Quand on lui dit qu'elle est jolie.
AGATHE
Venez-vous de la comédie ?
l'exergue. Des théâtres français! Qu'y verrais-je, grands dieux! Ah ! chez les anciens , qu'on s'amusait bien mieux ! J'aime, surtout, ce lieu de forme circulaire, Où 1 on apercevait des milliers de Romains , Exciter, par leurs cris , leurs battemens de mains , Des hommes qui, de sang, faisaient rougir la terre... Pour désennuyer ceux qui n'avaient rien à faire.
Tantôt, c'est un gladiateur Que vient combattre un lion dans l'arène :
D'un des deux la mort est certaine :
Quel plaisir pour un amateur !
Car souvent encor le vainqueur
Mourait sur le lieu de la scène ;
Et sa grâce, en tombant, sa muette fureur, Ses yeux éteints , mais fiers, sa figure sereine ,
Faisaient pâmer et d'amour et d'horreur,
Le mâle cœur d'une dame romaine...
Mais, parlons d'un objet plus riant et plus doux : C'est de notre union.
AGATHE
Monsieur, que dites- vous?
l'exergue.
Je veux parler de l'heureuse journée Qui nous joindra par un tendre hyménée.
AGATHE , riant de tout son cœur.
Monsieur plaisante, assurément?
l'exergue.
Pourquoi? Doutcriez-vous?...
Tant d'honneur me surprend.
LISETTE
Je gage que Monsieur nous fait le sacrifice De quelque vieille impératrice.
( Elle le tire a part. )
Soyons de bonne foi... ma maîtresse vous plaît ; De l'aimer de profil vous lui faites la grâce. Nous voulons un mari qui nous aime de face... Ainsi , tout franchement , vous n'êtes pas son fait : Vous pouvez à présent...
L'EXERGUE , avec, douleur.
Oh ! trop heureuse Rome !
Vousconnaissicz bien mieux t oui le prix d'un grand homme
COMÉDIE, 27r>
(A Agathe.)
Poumez-vous rejeter l'hommage de mes vœux? Cruelle ! il est trop vrai! votre air noble, vos yeux, Ces yeux, où la beauté règne avec la sagesse , Ces yeux, enfin, pour qui l'Italie et la Grèce Eussent brûlé sans doute un encens glorieux, Ont su vaincre ce cœur, jusqu'alors invincible... Caracalla , Madame , eut une âme sensible ; Socrate , de l'amour ressentit tous les feux ; Àristote brûla pour les charmes d'Horphale :
Hercule, encor plus amoureux,
Hercule fila pour Omphale.
Et l'Exergue , à son tour, ne peut-il pas, comme eux...
Ne redoutez pas de rivale :
Non , pour mon cœur vous avez plus de prix T Vous êtes , à mes yeux, un trésor plus exquis
Que les bustes dePraxitelle,
Que les tableaux du grand Apelle,
Que la Vénus de Médicis.
J'ai dit.
LISETTE
Comment , Mademoiselle , Monsieur daigne vous préférer A des tableaux du grand Apelle !
A des bustes de Praxitelle !
Ce fripon-là veut se faire adorer !
( A l'Exergue.)
Allons , vous n'êtes pas sincère.
Mais regardez-là donc... elle est à son printemps ; Elle a de la fraîchenr ; enfin , mille agrémens
o7G LE CONNAISSEUR,
Faits pour glacer un antiquaire...
Et pour qu'elle puisse vous plaire, Attendez-la du moins à trente ans.
J'ai dit.
AGATHE y à l'Exergue.
De vos bontés je suis reconnaissante ; Mais trop moderne , hélas! et , tenez , entre nous, C'est un défaut dont je suis fort contente. Si la Sybille était vivante , Elle seule je crois, serait digne de vous. Quant à moi, je renonce à ce bonheur si doux,
Et ne serai que votre humble servante , J'ai dit...
l'exergue. Dieux immortels! l'ai-je bien entendu?
\ de si tendres vœux, cet accueil est-il dàf