‹ Œuvres choisies de Marsollier. Précédées d'une notice sur sa vie et ses écrits par la Csse d'Hautpoul, sa nièceChapitre 117 sur 184 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

FINTAC, L'EXERCxUE.

l'exergue.

Nous voilà seuls... Parlez. Comptez-vous recevoir Ce petit Célicour ?

FINTAC.

Pourquoi non , je vous prie ?

11 doit souper ici ce soir.

l'exergue.

Ici , ce soir ! Après l'ignominie Dont tout Paris îe couvre en cet instant!

FINTAC , rachant son dcpit.

Paris a tort.

l'exergue.

Un homme sans talent!

FINTAC , vivemcnl.

Qu en savez-vous?

l'exergue.

Qui, plein de suffisance, Lorsqu'il peut être heureux chez lui, Vient de se donner aujourd'hui En spectacle à toute la France !

FINTAC, soupirant.

Hélas !

l'exergue.

Qui, sans nous consulter,

Blâmant les anciens, se croyant de la verve,

Rime, rime, en dépit du goût et de Minerve,

Et malgré nous, se fait représenter.

FINTAC.

Eh! non ; c'est moi...

l'exergue.

Je sais; complaisance! faiblesse!...

Abusant de votre amitié, Il vous a fait applaudir à sa pièce , Qui demain vous eût fait pitié.

FINTAC.

Non , parbleu !

l'exergue.

J'en suis sûr.

FINTAC.

. Bas. )

Ah! quel homme! J'enrage.

l'exergue.

Vous conviendrez du moins que c'est un plat ouvrage.

FINTAC.

( Bas. )

Je n'en conviendrai point... J'étouffe de courroux.

l'exergue.

Après la honte enfin , qui devient son partage , Il ne peut être admis chez vous.

FINTAC.

Je veux... le ménager...

l'exergie.

Et pourquoi '?

FINTAC.

Mais...

l'exergue.

Folie !

Je lui crois des projets ; votre nièce est jolie...

S'il vient encore ici , n'espérez plus m'y voir.

FIN TAC

Mais, je ne puis vous concevoir.

Vous témoignez peu de délicatesse :

Gélicour est le fils d'un ami, d'un parent; Vous savez bien qu'à lui je m'intéresse ,

(A mi-voix.)

Et vousvoulezque j'aille... Il n'est qu'un vrai pédant.

L EXERGUE , en entendant cet à parte.

Pédant !... Ainsi nommer un l'Exergue ! un savant! Puisse le ciel, vengeur de l'affront qui me blesse, Vous priver du bonheur de voir jamais la Grèce! Appesantir vos yeux, en lisant Gicéron, Et ne vous réveiller qu'aux rimes de Pradon ! Afin de mieux punir une aussi grande offense , Puissiez-vous n'acheter que des livres nouveaux, Pour toute instruction , n'avoir que les journaux, Pour seul historien , la Gazette de France , Et, victime en tout point du goût qui vous conduit, Ne lire désormais Homère... que traduit! Adieu.

( II sort. )

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