SCÈNE IX
M. DESMARETS , agité, tourmenté, LE COMTE
d'EGMONT.
d'egmont.
J'ai vu l'instant où vous alliez céder.
DESMARETS , le fixant.
Et... j'aurais mal fait, n'est-il pas vrai ?
d'egmont.
Je ne dis pas cela ; mais, d'après votre plan, il me semble... Continuons.
DESMARETS
Vous approuvez donc bien ma conduite ?
d'egmont.
A vous parler vrai , je ne puis la blâmer à un certain point.
DESMARETS , à part.
Tant pis ! (Haut.) Et vous me conseillez de continuer ?
d'egmont.
Conseiller est délicat... Cependant, je ne serais peut-être pas fâché si vous aviez la force de persévérer...
DESMARETS, à part.
D'après cela je n'oserai jamais. . .
d'egmont.
Parlez donc, vous êtes sûr d'avance de mon •uffrage.
DESMARETS
Eh ! c'est que précisément... j'espérais... j'aurais désiré... Non, non. . . laissons là cette conversation.
d'egmont.
Après m'avoir promis... rien ne serait plus désobligeant . .
DESMARETS , soupirant.
Vous le voulez... vous le voulez absolument? Eh bien! j'y souscris; d'abord, soyez vrai, n'avez-vous jamais rien remarqué de particulier en
moi ?
D'EGMONT, finement.
Non , point du tout ; jamais je n'ai vu en vous rien que de très ordinaire.
DESMARETS
Est-il possible ?... Comment?... Sur ce qui concerne ma femme, vous n'avez jamais rien aperçu ? d'egmont.
Que vous viviez assez mal ensemble... Ce n'est pas ià une singularité.
DESMARETS
Et moi , je vous dis que je suis un homme très singulier... ( d'Egmont sourit.) Je le suis, vous dis-je! j'éprouve des combats, des irrésolutions, et je voudrais savoir de vous...