MON ÉPITAPHE
Chérissant ses amis, toujours occupé d'eux, Il fut sensible , faible , et toujours malheureux.
MES ADIEUX A GOUPILLÈRE.
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Oui, comme Ali, je veux chanter, Plus de voyage qui me tente , Il est si doux de végéter ; Heureux qui sait se contenter De sa chaumière, et de la rente Qui le fait encor subsister.
Plus heureux qui peut écarter Du passé l'image affligeante :
N'a-t-on pas raison d'éviter Un souvenir qui nous tourmente ? D'une existence assez brillante , Je pouvais me féliciter ; J'avais , soit dit sans me vanter , Une cuisinière excellente , De ces vins qu'on aime à citer, Une voiture assez roulante , Et de l'argent pour en prêter :
Mais la fortune est inconstante , Un tour de roue a fait sauter Et cette table succulente , Et cette voiture élégante...
A quoi sert de la regretter ?
Dix amis sont restés sur trente, Et sur ceux-là je puis compter.
Ma maison n'est point apparente , Mais on peut très bien l'habiter ;
Elle est commode, elle est décente, Et quand on vient me visiter , On a grand soin, pour me flatter, De me dire qu'elle est charmante.
Je n'obtiendrai jamais d'emplois, D'honneurs, ni de place importante; Mais j'aurai mon jardin , mon bois,
L'indépendance qui m'enchante, Et je rirai comme autrefois.
Chez moi , dans une paix profonde ,
De tout l'univers oublié,
Porte fermée à tout le monde ,
Je n'ouvrirai qu'à l'amitié.
Ne vivre qu'avec ceux qu'on aime ,
Rêver dormir, ne faire rien,
Manger souvent, digérer bien ,
N'est-ce pas le bonheur suprême ?
Bornant là mes simples désirs,
Bannissant toute inquiétude ,
A la promenade , à l'étude
Je consacrerai mes loisirs ,
Et j'aimerai ma solitude.
Voilà ce que je me disais , Après une assez longue absence.
Insensé ! que je m'abusais !
Au retour, quelle différence!
Hélas! j'aurais dû le prévoir; J'ai retrouvé toutes mes peines , Des regrets , des désirs, des chaînes,
iti POÉSIES
Un cœur trop prompt à s'émouvoir ,
Mon grand chemin , ma longue plaine ,
Et le triste loto du soir.
La constante monotonie ,
Qu'on voit régner dans ce séjour,
Ne peut qu'empoisonner ma vie ;
Son noir aspect glace Thalie ;
Et fait bâiller jusqu'à l'Amour.
En vain j'invoque tour-à-tour
La gaîté , la philosophie ;
J'ai beau faire... vingt fois par jour
Je m'aperçois que je m'ennuie.
Un bon mot qu'on a cent fois dit,
De petits yeux pleins d'innocence ,
Un tric-trac qui vous étourdit.,
Puis encor ce loto maudit ,
Ou pour changer... la patience,
Grand'messe , vêpres, oraison ,
Les chantres, le pasteur lui-même,
Pour mieux fêter l'Etre suprême ,
Détonnent tous à l'unisson.
Ma promenade solitaire , Que trois fois par jour je dois faire , En fredonnant une chanson , Rencontrant , comme à l'ordinaire , Pour ombrage quelque buisson , Au lieu de ruisseau du gazon , Et le genièvre et la bruyère ; Mille détails sur la moisson , Aucun sur Racine et Voltaire .
Pl.is d'une insulte à la grammaire ,
Dont l'oreille la moins sévère
S'offenserait avec raison ;
Puis le serrurier, le maçon,
Le jardinier, la cuisinière.
Le froid , le chaud , l'eau trouble ou claire ;
Le prix de l'avoine et du son,
Et jusqu'au jour où Louison
Porte le linge à la rivière !
Du passe-temps de la maison
Telle est la feuille hebdomadaire!
Si j'ai des voisins obligeans, Dont j'éprouve la bienveillance, Il en est de moins indulgens Dont les procédés affligeans...
Mais sur eux gardons le silence ; Sans nous voir vivons désormais :
Ils Font voulu , je m'y soumets , El c est là toute ma vengeance.
En faisant encor des souhaits, Pour voir cesser ma pénitence, Je pourrais encor murmurer Contre certains grands politiques, Qu'on vit tour-à-tour adorer, Et les rois et les républiques ; N'osant jamais blâmer tout haut, Tant ils ont peur qu'on ne l'entende ! Approuvant même, s'il le faut, Un crime, un travers, un défaut, Dans un homme dès qu'il commande.