‹ Œuvres choisies de Marsollier. Précédées d'une notice sur sa vie et ses écrits par la Csse d'Hautpoul, sa nièceChapitre 40 sur 184 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

les précédens, BEAUMARCHAIS, MER- VILLE , GERMAIN , madame MELLO.

BEAUMARCHAIS, au comte.

Monsieur le Comte , mon ami , qui vous doit la liberté, vient avec moi vous remercier, et demander la punition d'un perfide...

( Tou* s'incliuent. )

MARIA

Diles plutôt la grâce d'un infortuné , plus égaré que criminel !

BEAUMARCHAIS

Ma sœur en ces lieux!

MER VILLE

Et c'est elle qui sollicite notre pitié !...

MARIA

Oui , oui , c'est moi !... Il perd sa place , sa fortune ; c'est lui-même qui vient de demander et d'obtenir son arrêt!...

MERVILLE

Expliquez-nous....

BEAUMARCHAIS

Monseigneur , que dois-je penser?

M. WHALL.

Je vous l'avais dit , Monsieur, on l'avait abusé ; mais je n'excuse pas sa faute , et quand la place qu'il allait occuper est ôtée à la faiblesse , à la légèreté , il est juste qu'elle serve à dédommager la constance et la vertu... Dona Maria, elle appartient à celui que vous choisirez pour époux. Vous pouvez en disposer.

MARIA , avec calme.

Je l'accepte , et c'est pour la lui rendre.

CLAVICO.

Non , Maria , je ne mérite pas... Non... Comment pourriez-vous croire à présent à ma sincérité... à mon amour... Non , je quitte l'Espagne pour jamais!...

88 BEAUMARCHAIS

BEAUMARCHAIS, avec force.

Elle serait encore la victime de sa confiance , et je dois m'opposer!...

M. WHALL.

Monsieur de Beaumarchais, votre ressentiment est fonde... ( A Clavico) Clavico , il est juste...

Oui, Monseigneur... et vousne pouvez pas, vous qui êtes si équitable , vous qui savez tout ce qu'elle a souffert , vous ne pouvez pas me désapprouver. Que Clavico garde sa place , ces funestes honneurs qui lui coulent si cher , et que nous ne lui envions point ; mais qu'il cesse de persécuter une femme sensible , faible et trop généreuse ! qu'il la laisse s'éloigner avec moi , et expier , le reste de sa vie , le malheur de l'avoir connu.

MARIA

Ah! mon frère... voyez combien il est accablé!

BEAUMARCHAIS

Je vois combien elle est malheureuse , Merville , et peut-être pour toujours!

M. WHALL.

Et par votre faute! oui, Monsieur, il est un moment, il est des circonstances où trop de sévérité devient barbarie, et où il est plus noble , plus prudent de pardonner que de punir.

M \RÏ ^ , en larmes.

Ah! oui, oui; pardonner est si doux!

M. WHALL.

Vous l'entendez: et s'il vous faut une caution

de la loyauté de Clavico , de sa conduite future, du bonheur de votre sd'ur, c'est' moi qui m'en rendrai le garant , et je ne m'y décide que d'après vous, Monsieur} d après vos propres ex pressions; oui , c'est vous-même qui avez fait dire , dans Eugénie , à un père offense' :

« Celui qui se repenlde bonne foi, est plus loin » du mal que celui qui ne le connut jamais. » Prononcez à présent.

BEAUMARCHAIS

Monsieur le Comte , comment résister à vos vives instances? vous daignez répondre de Ciavico, Maria pardonne à son amant. . .

M. WHALL.

Et vous ? . • •

BEAUMARCHAIS , avec bonté.

Et moi. . . i'embrasse mon frère! (m'embrasse.)

CLAVICO , MARIA.

O jour heureux !

MERVITLE.

Je bénis mon voyage !

GERMAIN , à Beaumarchais

Et nous, votre retour.

M. WHALL.

Mes amis , allons aux pieds du Roi . . . Monsieur de Beaumarchais, vous l'instruirez vousmême de toutes les circonstances de cette affaire , je ne me réserve que le droit d'ajouter ce qui regarde votre courage et la générosité de votre

«jo BEAUMARCHAIS.

sœur: venez, je puis vous promettre d'avance que mon jugement sera confirmé : Clavico conservera sa place ; les calomniateurs seront punis ; point de grâce pour le vice et la méchanceté ; mais indulgence et pardon pour L'erreur, quand elle est accompagnée d'un sincère repentir.

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