‹ Œuvres choisies de Marsollier. Précédées d'une notice sur sa vie et ses écrits par la Csse d'Hautpoul, sa nièceChapitre 50 sur 184 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

M. DE NERVAN , MATHILDE , parée.

MATIIILDE , regardant s'il n'y a personne.

J'ai été bien aise de venir causer un instant avec vous , votre réputation , votre âge , tout me porte à vous parler avec confiance.

En quoi ai-je pu mériter cette faveur?

MATHILDE

Vous pouvez m être fort utile.

M. DE NERVAN.

Moi?

MATHILDE

Oui, vous, et je ne doute pas de votre bonne

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volonté; j'aime le fils de M. de Nervan , il m'adore et je dois 1 épouser.

M. DE NERVAN.

Vous devez l'épouser?

MATHILDE

Oui, c'est une chose décidée entre nous; à la vérité , son oncle ne le veut pas, mais je le veux moi , et cela sera.

M. DE NERVAN.

C'est tout simple.

MATHILDE

N'est-ce pas?

M. DE NERVAN.

Assurément, et en quoi puis-je?...

Le voici... Vous allez sans doute écrire au père d'Alfred , que l'oncle a si injustement prévenu contre moi.

M. DE NERVAN.

En effet, il faut bien qu'il sache...

MATHILDE

Oui , il le faut ; vous lui marquerez d'abord que vous m'avez vue ; vous lui direz comment vous m'avez trouvée , et j'ose croire que le portrait sera...

M. DE NERVAN , souriant.

Très agréable , assurément.

MATUILDE, riant.

Non ; mais enfin vous lui direz ce que vous aurez remarqué en moi... Les yeux, les traits, là,

COMEDIE. n5

tels qu'ils sont... je ne veux pas qu'on me flatte; vous les voyez , et vous lui manderez... ( Riant.) tout ee qu'il vous plaira.

M. DE NERVAN.

Soyez tranquille.

MATHILDE

Bon ! j'ai aussi des talens!

M. DE NERVAN.

Ah ! ceci est plus...

Oui , je suis juste , cela vaut mieux. . J'exécute la sonate , le concerto , je m'accompagne avec la harpe , le piano , la guitare , je fais des romances, paroles et musique.

M. DE NERVAN.

Vous composez?

MATHILDE

Sans doute! les femmes à présent!... Notre siècle est venu ! Oui , Monsieur , ces hommes si vains, qui se croyaient supérieurs en tout!... c'est fini!... nos égaux tout au plus! et encore, je le dis, parce que je suis modeste.

M. DE NERVAN, ironiquement et riant.

C est incontestable.

MATHILDE

N'est-ce pas? je danse aussi... On me cite dans la société...

M. DE NERVAN.

Oui? oh! oh! en ménage c'est un mérite...

,iG L'AMI CLERMONT,

MATHILDE

Très essentiel ! c'est devenu une affaire majeure... une femme qui ne saurait pas danser serait...

M. DE NERVAN.

Serait une femme perdue de réputation.

Non pas précisément: mais cela lui ferait un grand tort.

M. DE NEKVAN.

Je le conçois! Et ce talent, pour le bonheur d'un mari ? . . .

MATHILDE

Y contribue beaucoup ; il jouit des éloges qu'on donne à sa femme ; il en est fier... Vous me verrez au premier bal que je donnerai ; vous y viendrez !...

M. DE NERVAN, riant.

Je n'y manquerai pas. (Prenant son sérieux. ) Mais à tous ces avantages ne pourrait - on pas encore joindre des occupations un peu plus sérieuses.

MATHILDE

Les choses utiles, vous voulez dire ?. . .

M. DE NERVAN.

Oui , les choses utiles.

MATHILDE , étourdiment.

Oh, mais je les sais toutes... Oui, Monsieur, je brode à ravir, et personne dans Paris n'arrange mieux que moi un habit de fête.

M. DE NERVAN , ironiquement.

Oh, ma foi , d'après cela, il n'y a rien à désirer...

MATHILDE

Et puis, je suis d'une économie!... Imaginez que pour ma toilette , mes chiffons , je ne dépense pas par an , plus de dix mille francs.

M. DE NERVAN, s'amusant.

Pas plus! oh! c'est bien peu.

MATHILDE

Ce n'est rien ; aussi pour ceJa il faut un ordre !... Ah!... Maintenant vous me connaissez, vous voyez qu'Alfred n'a pas si mauvais goût, et que son père , s'il est raisonnable , ne pourra pas blâmer son choix.

M. DE NERVAN.

Il faudrait qu'il fût bien...

MATHILDE

Ridicule, c'est vrai ; mais, tenez, tout, cela dépendra de la manière dont vous lui écrirez. Je compte sur vous , vous me l'avez promis ; et , si vous le voulez , je ne doute pas un instant de son approbation. Adieu , monsieur Clermont , vous me saurez gré , je pense , de tous les efforts que j'ai faits pour vous intéresser. Au fait , moi , je ne dois rien à ce père ! je ne le verrai peut-être de ma vie. ( Avec amitié. ) Mais vous, monsieur Clermont, vous me rendrez justice , et cela me consolera, si je n'ai pas le bonheur de plaire à M. de Nervan. Adieu, mon cher Clermont. (Elle soi t.

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n8 L'AMI CLERMOINT,

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