LE PRECEDENT , SOLANGE
( Solange entre en regardant l'appartement <le Ce'phise ; il a l'air <l'un homme agite. Le Chevalier est dans un coin , regardant la tapisserie, et Solange ne peut l'apercevoir d'abord. )
SOLANGE
Je suis d'une impatience... Voyons!... Le Baron , avec son épreuve... Ces moyens sont d'une lenteur... ( Apercevant le Chevalier. ) Quelqu'un ici ! ( Le Chevalier chante. ) Le Chevalier! ( il chante encore. ) Il me semble bien satisfait. Suis- je déjà sacrifié! Sachons...
COMÉDIE. ,g9
LE CHEVALIER , assis au métier.
Ah! c'est vous, mon cher Solange!
SOLANGE
Vous voilà bien gai, monsieur le Chevalier?
LE CHEVALIER
Ma foi , c'est qu'il ne sert à rien d'être triste.
SOLANGE
Céphise vous a laissé seul?
LE CHEVALIER
Oui , elle me traite sans façon.
SOLANGE
Vous avez été long-temps avec elle ?
LE CHEVALIER, finement.
Je désirerais qu'elle ne s'en plaignît pas plus que moi.
SOLANGE
Vous aviez apparemment des choses fort importantes à lui communiquer ?
LE CHEVALIER
Mais, à une jolie femme, on a toujours...
(Reprenant son se'rieux.) Et puis je VOUS 1 avouerai... je
voulais détruire. .. ou confirmer certains doutes.
SOLANGE
Certains doutes! Eh bien ?
LE CHEVALIER, finement.
Eh bien ! on m'a répondu.
SOLANGE
Et d'une façon?. . .
LE CHEVALIER
Oh! d'une façon ires claire .. etàlaquelle, entre nous , j'aurais bien dû m'attendre.
aoo CÉPHISE,
Tout vous réussit ?
LE CHEVALIER
Ce n'est point là ce que je vous dis , au moins.
SOLANGE
Et pourquoi? ne saurait-on pas tôt ou tard ?... (Plus vivement.) 11 faut bien que cela finisse.
LE CHEVALIER
Oh! oui .. et même je regarde déjà cela comme fini.
SOLANGE
J'entends, on vous a donné l'espoir que dans peu l'hymen. . .
LE CHEVALIER , se levant.
L'hymen, oh!... Mais, savez-vous que vous êtes étonnant? Comment, de bonne foi , Arous vous imaginez que l'on m'aime , que l'on m'épouse , moi! Bon dieu! quelle idée! et vous ave/, la cruauté d'exiger que je vous avoue . . . Eh bien ! je m'y décide... Oui, mon cher, il n'est que trop vrai , je le déclare tout haut : Céphisc ne m'aime point. . . Elle me hait, me déteste, me chasse même. . . Je ne puis cependant, en conscience , en dire plus pour vous tranquilliser. (Il
rit un peu. )
SOLANGE
Si cela était , vous ne le diriez pas.
LE CHEVALIER
Pourquoi?... On a ses jours de modestie. . . (Il Relate de rire. ) Ah! ah! y croyez-vous?
SOLANGE
De ces ris moqueurs, je sais ce qu'il faut conclure. Celte place n'est pas propre à vous faire expliquer, et clans tout autre lieu. . .
LE CHEVALIER
Un moment, Solange, parlons sérieusement. Je puis bien élre étourdi, léger, présomptueux , fat , si vous voulez ; mais je n'ai jamais passé pour un lâche , je vous en avertis.
SOLANGE
Je le sais, venez donc.
LE CHEVALIER, sérieusement.
Je viendrai... mais vous savez que j'ai un engagement avant celui-ci: je vais tout rompre. (Reprenant son ton léger.) Un instant de plus ou de moins ne fait rien à la chose. D'ailleurs. . . on est aimable , on a des principes , beaucoup de lettres d'amour, fort peu de lettres de change. . . mais enfin il faut mettre ordre à tout cela... (Sérieusement.) Attendez-moi donc, je vous donne ma parole d'honneur de revenir avant, un quart d'heure : alors vous aurez vu Céphise; et, si vous l'exigez encore, je vous promets que nous nous dédommagerons du temps perdu.
SOL\NGE
Je compte sur vous.
LE CHEVALIER , lui prenant la main.
Je vous en remercie. Je vois que l'amour ne vous- empêche pas d'être juste. . . ni moi d'être
gai. . . Au revoir , Solange. (Il sort en chantant. )
•a CKPHISE,
SOLANGE
Quel mélange de fatuité, de courage !. .