‹ Œuvres choisies de Marsollier. Précédées d'une notice sur sa vie et ses écrits par la Csse d'Hautpoul, sa nièceChapitre 88 sur 184 · ROSINE, CÉPHISE · texte numérisé non relu

ROSINE, CÉPHISE

cÉpniSE.

Rosine , vous savez que j'ai des peines, et vous me laissez seule ?

ROSINE

Vous m'aviez dit que vous vouliez...

CÉPHISE

Eh ! sais-je ce que je veux ? Mon âme est affectée... et c est dans de pareils momens qu'on aime à trouver ceux qui méritent notre confiance.

Puis-je me flatter ?...

CÉPHISE

Plus que jamais , Rosine. Vous avez souvent voulu me donner des conseils... je les ai repoussés... Aujourd'hui je les sollicite , et il ne tient qu'à vous , dans ce moment même , de justifier l'estimé (jue j'ai toujours eue pour vous.

ROSINE

En quoi puis-je ?...

CÉPHISE

J'exige que vous me parliez vrai.

ROSINE

Madame...

CÉPHISE

Je L'exige; et, quelles que soient vos réponses, je ne m'en fâcherai pas.

COMEDIE. 2o5

ROSINE

Je suis faite pour vous obéir.

CEPIIISE.

Oubliez que je suis votre maîtresse, et regardez-moi comme votre égale.

ROSINE

Je n'oserai jamais.

CÉPIIISE.

Osez, Rosine, osez être sincère... Solange me blâme... il prétend n'être pas le seul... je le crains, et je ne puis le croire... A qui m'adresser? Mon sexe ne trouve que des flatteurs... On me trompe peut-être... par pitié , soyez vraie... Vous avez de l'esprit; votre éducation a été soignée... Vous entendez tout ; répétez-moi ce qu'on dit sur mon compte.

ROSINE

Mais, Madame, il est tant de médians...

CÉPIIISE.

Ce sont ceux-là qui nous éclairent ; ils ne nous passent rien.

ROSINE

Ils exagèrent les torts.

CÉPHISE

Et notre amour -propre les diminue toujours assez.

ROSINE

Questionnez donc , Madame , je répondrai.

CEPHISE , lui tendant la main.

Votre parole d'être franche ?

*o6 CEPHISE,

R0STNE , la prenant et s'înclinant.

Je vous la donne.

CEPHISE.

Pour l'esprit... je crois inutile...

C'est par où nous commencerons 9 s'il vous plaît...

CÉPHISE

Dirait-on que je n'en ai pas ?

ROSINE-

Madame...

CÉPHISE

Je t'entends : excuse cette vivacité ; c'est on mouvement d'amour- propre bien conditionné.. et quand nous serons sur ce chapitre. . . L'esprit donc ?

ROSINE

Vous en avez ; mais on dit que vous courez risque de le gâter; que l'envie d'être femme bel esprit est quelquefois dangereuse j et toujours critiquée ; que l'esprit qui amuse vaut mieux que celui qui étonne; que si les hommes sont vains, les femmes sont jalouses , et que , d'après cela , la supériorité est un tort qu'aucun des deux sexes ne saurait pardonner.

CÉPHISE

Comment, il faut qu'une femme renonce?...

ROSINE

C'est peut-être une nécessité; mais après tout, Madame , croyez-vous que nous y perdrions beau-

COMÉD1 Ê. 207

coup, si, certaines de séduite par nos vertus et par nos attraits, nous permettions à ces hommes d'étonner quelquefois par leur science et par leur génie ?

CÉPHISE

Allons , admirons-les donc ; mais qu'ils nous adorent... Mon cœur ?

ROSINE

Qu'il est généreux... délicat...

CÉPHISE

Voilà des complimens...

ROSINE

Non , c'est l'exacte vérité , et je l'atteste d'après tous ceux qui vous connaissent.

CÉPHISE

Me voilà déjà consolée de tout ce que tu me diras de mortifiant... J'avoue que je tenais à mon cœur... Mon amour-propre?

ROSINE , souriant.

Ah ! vous en avez bien un peu.

CEPHISE , souriant aussi.

Beaucoup 5 cet article n'a pas besoin de preuve, je m'en souviens ; j'ai eu soin de prendre l'avance... Ma conduite?

ROSINE

Irréprochable : cependant on ne vous trouve pas assez sensible ; on vous reproche quelquefois de paraître légère . inconsidérée...

CÉPHiSF.

2o8 CÉPHISE,

ROSINE, s'evcusaiit.

Madame , c'est vous...

CÉPHISE

Je le sais, continuez donc... je ne vous interromprai plus.

ROSINK.

On s'étonne des originaux de toute espèce dont vous vous êtes entourée. On voit avec peine que vous les préférez à ceux qui méritent si bien vos égards et votre amitié... On ose ajouter que Solange... que... votre père... sont bien à plaindre... que vousmême un jour... mais, les larmes coulent de vos yeux... je suis la plus indiscrète... Ah! ma maîtresse , pardonnez.

CÉPHISE

Rosine, vous n'êtes plus ma femme de chambre.

ROSINE

Ciel!

CÉPHISE

Non, Rosine, votre zèle mérite un titre plus distingué, devenez ma compagne... ma sœur ; mais aux mêmes conditions... J'avais besoin d'une leçon, vous me l'avez donnée... je ne puis trop la payer.

( Elle l'embrasse plusieurs fois. )

ROSINE , respectueusement.

Vous serez toujours...

CÉPHISE

Ton amie !... Viens jouir de ton ouvrage; allons aux pieds du Baron.

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