‹ Œuvres choisies de MercierChapitre 161 sur 272 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

HADAMK MILVILLE, MADAME DORTIGNI , très parée. MADAME DORTIGiyi, sautant au cou de sa belle-sœur.

Bonjour, ma sœur. Il y a long-temps que nous ne nous sommes vues.

MADAME MJLVILLE.

En effet, vous me surprenez, madame, étrangement; je ne m'attendais pas à cette visite, je vous l'avoue

MADAME DORTIGIfl.

Ah ! si vous saviez tous les détails , vous me pardonneriez ; mais cela ne peut se raconter. Eh bien ! comment cela va-t-il ?

MADAME MILVILLE.

Beaucoup mieux grâce au régime plutôt qu'aux

remèdes.

J'en suis ravie... Je voulais vous envoyer mon médecin Il est tombé lui-même malade, et je crois

qu'il en mourra... Mais, grâce à Dieu, tout le monde ici a été promptement rétabli.

MADAME MILVILLE.

Ma convalescence a été assez longue.

MADAME DORTIGNI, la caressant.

Votre santé en sera plus affermie... Je vous trouve un excellent visage. Les temps ont été affreux, vous

^'j'x L'HABITANT DE LA GUADELOUPE.

le savez, je n'ai pu sortir. Les migraines m'assiègent... J'ai eu les nerfs agacés. Puis excédée de mille importuns... C'en est fait , je renonce à ce tracas. C'est un plan arrêté depuis long-temps dans ma tête, et que j'exécute ei^fin. Je ne veux plus voir que mes parens. Ce sont, après tout, les meilleurs amis que l'on puisse avoir dans ce monde.

(Elles s^asseyeat.) MADAME MILVILLE.

Us devraient l'être au moins.

MADAME DORTIGIfl.

Ma chère sœur, pourquoi nous négliger à ce point, ne pas venir nous voir? Vous avez plus le temps que moi.

MADAME MILVILLE.

Le reproche est admirable! Je me suis présentée cinq à six fois de suite à votre porte; vous n'étiez pas visible.

MADAME DORTIGNL

Pour vous ! ma chère sœur, pour vous!... Ah! vous ne me ferez pas l'injure de le penser. Permettez; si j'avais donné des ordres, vous n'y étiez sûrement pas comprise. C'est la faute de mon portier, le plus lourd butor!,... Venez nous voir; oublions le passé. Si je vous parais coupable, prenez-vous-en à votre frère; c'est un tyran, en vérité... J'y perdrai la vie.

MADAME MILVILLE.

Mon frère?

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