ACTE III, SCÈNE V
en nous sans être étouffés, et qui se réveillent, qui renaissent, quand les cœurs sont émus. Je vais donc jouir de votre retour à la sensibilité , et il me sera bien cher. S'il est ainsi tout sera oublié, et vous retrouverez en moi un parent, (n va prendre un papier sur la table.)
Or, écoutez : voici une donation entière de mes biens, que je fais à ma cousine. Elle est motivée par ce qu'il y a de plus juste , l'amitié , l'estime , la reconnaissance. Tout le monde saura ce que j'ai fait pour elle , et pourquoi je l'ai fait. Mais comme j'ai réfléchi que la chicane s'attachait à tout, bouleversait tout, dévorait tout; que l'on cassait les actes des vivans dès qu'ils étaient morts; j'ai cherché la forme de donation la plus entière , la plus complète , la plus inviolable. J'ai appris qu'un contrat de mariage réunissait tous ces point divers, et j'ai jugé à propos de faire dresser un tel acte.
MADAME DORTIGNI, à part.
Voilà ce que je redoutais. Contraignons-nous.
YANGLENNE, à madame Milyille.
Voici le moment que je vous ai annoncé tantôt , et la seule manière de mettre le portefeuille en com munauté. Gardez- le, ou daignez signer.
MADAME MILVILLE.
Ah! mon bienfaiteur! ne pouvons-nous vivre sous les lois d^ l'amitié ! Voilà ce que vous m'aviez promis.
VANGLENNE.
Je comptais viyre ainsi avec vous , chère cousine ; mais.'la calomnie, cette ennemie irréconciliable des
mœurs les plus chastes, ne tarderait pas à souiller la pureté de notre amitié , et elle y supposerait des liens qui la déshonoreraient. Je veux la faire taire. J'aspire enfin à m'unir à un cœur que je suis sûr d'estimer à jamais.
MADAME MILVILLE.
Vous m'avez choisie... Je vous dois tout... Eh bien! je donne un père à mes enfans.
VAWGLEWWE.
Oui, je vous le jure ; et j'en atteste le ciel et l'honneur.
MADAME DORTIGNI, à part.
Je vais m'évanouir, je le sens.
VANGLENNE, à madame Dortigni.
Allons, madame, voilà le sceau, éternel de la réconciliation ; elle sera entière de mon côté : que la joie triomphe aujourd'hui, que tout autre sentiment s'efface. Signez le bonheur de votre sœur et le mien. Tenez, prenez, voilà la plume; et vous, monsieur, après, s'il vous plaît.
MADAME DORTIGNI, prenant la plume.
Ah! de tout mon cœur. (Approchant de la taUe.) Pour-
rai-je me vaincre? Essayons. Ah! (EUe jette on cri de
rage étouffé, et se trouve mal.) DicU ! Je n'en puis pluS Je
me meurs.
MADAME MILVILLE, jetant un cri.
Est-il possible! Il faut du secours.
DORTIGNI.
Elle est quelquefois sujette à ces accidens là.