ACTE I, SCENE VlII. 33i
MOLIERE, allant à elle.
Hé! je ne désire, je ne veux, je n'appelle que vous... Mais qu'y a-t-il ? Vous tremblez ?
ISABELLE
Oui, je crains toujours que maman ne nous surprenne... Elle est sans cesse sur mes pas... Si elle allait découvrir que nous nous aimons...
MOLIÈRE
Qui le lui dirait? D'où s'apercevrait-elle?...
ISABELLE
Si elle ne devine pas vos sentimens, elle pourra pénétrer les miens.
MOLIÈRE
Eh! pourquoi lirait -elle plutôt dans votre cœur?
ISABELLE
Parce que j'aime plus que vous n'aimez.
Je vous ai fait le serment que je n'aurai point d'autre femme que vous; je le remplirai,.. Mais j'ai à ménager votre mère : elle est d'un caractère emporté, violent, et jalouse de vos charmes.
ISABELLE
Je le sais, et voilà ce qui m'alarme.
MOLIÈRE
Allez, vous êtes un enfant... Ne fiites vous pas dans tous les temps l'objet de ma tendresse ?
ISABELLE, effrayée.
O ciel!... je vous l'avais bien dit, qu'elle était tou-
jours sur mes pas Je l'entends elle va me maltraiter, si elle nous rencontre tête à tête.
MOLIÈRE
Ne vous troublez point Avez-vous un rôle dans
votre poche?
ISABELLE
Oui , j'ai celui de Marianne.
MOLIÈRE
Bon!... Vite, commencez vers le milieu... Je vous gronderai un peu, autant que je le pourrai du moins.