ACTE II, SCÈNE I
PIRLON.
L'intérêt que je prends à lui... O ciel!... Pauvre infortuné!
LA FOREST
Que voulez- vous dire, monsieur? Que lui serait-il arrivé?
PIRLON.
Si vous aimez votre maître...
LA FOREST
Si je l'aimons!... de tout notre cœur.
PIRLON.
Hélas! c'est un homme perdu.
Notre maître est un homme perdu!
PIRLON.
Oui, ma fille... Je l'ai vue, cette affiche scandaleuse, qui offense le ciel. Il ose jouer des gens de bien, sous le nom d'hypocrites... Le ciel aveugle ceux qu'il veut frapper en sa colère...
LA FOREST
Mais, monsieur, si c'est pour cette nouvelle pièce qu'on va donner aujourd'hui, que vous le regardez comme tant coupable, je vous assurons bien qu'il n'y a point de mal dans tout cela. Il nous l'a lue, afin que vous le sachiez, et le tout, d'un bout à l'autre; et c'est bien bdnnement dit.
PIRLON.
Ah! La Forest, La Forest!... Vous êtes simple. Vous ne connaissez pas le monde... Vous êtes loin de
soupçonner les scélérates ruses dé votre maître. Sachez qu'il est agité de Tesprit malin qui l'inspire nuit et jour...
LA FOREST
Oui, il est malin, c'est bien vi'ai ça; il est malin, mais il n'est pas du tout méchant.
PIRLON.
Lui? c'est un démon.
LA FOREST
Comment entendez-vous cela?
PIRXON.
Semer de porte en porte de pieux conseils, et se mettre au fait de l'intérieur des maisons pour mieux appliquer le remède au mal , c'est , selon lui , chercher à brouiller les maris et les femmes, à séduire les épouses et les filles ; prêter de l'argent à ceux qui en ont besoin , et s'assurer qu'ils le rendront exactement, afin d'être en état de le prêtera d'autres, c'est usure; prendre les intérêts du ciel, si fréquemment blessés dams ces jours de corruption , c'est servir ses propres intérêts; donner dès avis salutaires aux pères sur le dérèglement de leurs enfans , c'est vouloir, par un adroit coup de main, s'approprier leur héritage... Uii peuple volage l'écoute, l'environne, applaudit à ses bons mots. L'esprit, ma très chère fille, est si dangereux, quand la soumission du cœur ne l'accompagne point! Plût à Dieu qu'il eût celle-ci! Je n'en dirai point davantage; le zèle seul me transporte....