MOLIÈRE, LATHORILLIÈRE , LA BÉJART
ISABELLE , en habit de théâtre.
LA BÉJART
J'irai au théâtre, Molière; j'ai bien voulu ne consulter que l'intérêt général; mais, si je m'aperçois d'un regard, tremblez! la comédie, je vous le jure, pourrait finir par une scène tragique. «
MOLIERE, prenant le ton hypocrite.
JV^dame, puisque le ciel vous a révélé cet amour qui me rend si coupable, j'avoue à vos pieds toute l'énormité de mon crime, il est épouvantable!... l'aurais dû commander à mon œil de ne point voir, à mon cœur êf^ne point sentir; mais je dompterai cet ennemi invisible de mon salut, cet ennemi caché, que je porte en mon sein...
LATHORILLIÈRE, à part.
Qu'il est plaisant!
LA BIÊJART.
Tu n'auras pas de peine à soutenir le rôle d'imposteur, lâche... Tu as écrit d'après ton cœur.
I . Goldooi fidt dire ceci à Molière même , et cela vaut miçtpi ; car cçlui-ci , qui se fiait illusion sur le compte d'Isabelle, peut croire en effet que Tamour brille dans ses yeux; mais Latborillière, qui n'a pas cette prétention, et qui est de sang froid, ne doit pas s'imaginer voir la même chose.
MOLIÈRE
Je soufTre patiemment les outrages que mes longs forfaits m'ont attirés; il est juste que je sois * humilié.
LA BÉJART
Tu n'as pas besoin de feindre, traître! Tu représentes au naturel.
MOLIÈRE
Que le ciel miséricordieux vous pardonne vos injures !
LA BÉJART
Et qu'il te punisse ^..
• MOLIÈRE
J'allume votre colère, je vous fais pécher... Je me retire, madame; que le ciel vous fasse paix!
(Usoit.)