SCÈNE VIII
MOLIÈRE, LA RÉJART.
MOLIERE^ arrivant à pas lents , et d'un air content et recneilli.
Ah , madame ! que de charmes dans le succès ! de quel poids je suis soulagé! Heureux travaux, momens délectables ! On ne regrette point ses veilles , quand elles sont ainsi payées. L'amour de la gloire , malgré ses amertumes, a donc enfin ses douceurs.
LA. BEJART.
Je partage votre joie , Molière , car mon cœur n'est pas froid et indifférent comme le vôtre; vous ne prisez que l'avantage de la 'renommée : mais me serait-il permis de parler à cœur ouvert, non pour troubler votre triomphe, mais pour apprendre enfin quelles sont vos vues?... Vous m'entendez?
MOLIÈRE
£h bien! madame, nous avons vécu dix années dans la confiance de la plus pure amitié. Notre état, nos goûts nous réunissaient, et nos intérêts
confondus furent les mêmes Votre fille parvient
à l'âge de la beauté; tout à coup la jalousie s'empare de votre âme; vous la traitez inhumainement; vous vous rendez malheureuse en la tourmentant, vous qui, étrangère à de tels sentimens, devriez plutôt assurer, confirmer le bonheur qu'elle mérite...